Rétrospective « Traverser la brise » de Noël Dolla
Jalousie temporaire no-1 objet installation peinture 294x304x55 cm 2000



Texte et photos / Chen Chi-Hsiang Date : du 7 mars au 2 août Lieu : Musée d'art contemporain du Val-de-Marne. Noël Dolla (né en 1945) est l'un des artistes les plus représentatifs du mouvement Supports/Surfaces en France. Ayant très tôt affirmé une démarche déconstructiviste, il rejette toute pratique picturale traditionnelle, démontant le tableau comme un objet de perception matérielle, participant à la dialectique du monde matériel et des limites du produit pictural du support-surface.
Il est remarquable que le jeune Dolla ait déjà manifesté avec autant de détermination cette approche en 1967 avec l'œuvre « Structure étendage », où il teint des torchons de cuisine et les présente comme œuvre, suspendus à un étendoir blanc, exposés comme du linge étendu, s'inscrivant ainsi dans la charte de l'objet-peinture.
Dans les années 70, alors que Claude Viallat affirme la seule ligne parallèle, Dolla se réduit à la forme du point, car ce point homogène est à la fois répétable et facilement unifiable. L'œuvre de 1971 « Rouleau de bande rouge » présente une grande bande rouge sur laquelle sont répartis, à intervalles, des points noirs verticaux et parallèles (trois chacun), suspendue du mur jusqu'au sol, avec une moitié encore roulée. Une autre pièce, un support blanc « Rouleau de bande filet », dispose quant à elle des points rouges à intervalles, évoquant la forme d'un rouleau vertical de peinture de paysage chinois, interrogeant clairement la peinture et soulignant la relation entre la forme matérielle et le vide. Parmi le superficiel, le frontal, l'objet, le visible, l'imaginaire, quelle est la condition de la peinture ? Est-ce la peinture elle-même ? Dans la charte de la peinture-objet, Dolla déclare : « Montrer l'idée du tableau comme le lieu du don de la peinture » (note 1).
Ainsi, à travers les propriétés souples de la matière, l'œuvre prend forme selon l'espace du lieu, c'est-à-dire qu'elle ne dépend pas nécessairement d'une accroche au mur ; elle peut être librement suspendue, déployée à plat sur le sol, ou présentée entièrement roulée. Le mouvement Supports/Surfaces interrogeait de manière flagrante le support, qui pouvait se lire comme une surface. L'œuvre la plus représentative de Dolla en 1971 est la série « Torchons et traces », qui étend le concept de la structure étendage. Sur chaque torchon, divisé par deux lignes rouges verticales, des points noirs et rouges sont appliqués avec un fusain trempé dans la couleur, ou des traces de points carrés sont imprimées avec le coin d'une chaise, le tout à travers des combinaisons efficaces construites, évoquant des motifs d'impression sur tissu, revenant, dans des signes neutres et parfaits, à l'exploration de la tradition des arts plastiques.
Une autre œuvre, « Poteau carré et pilon rond », est une sculpture tridimensionnelle issue du développement de la série des rouleaux de bande, où des pilons ronds de différentes tailles sont insérés verticalement et parallèlement sur un poteau carré, se rapprochant de l'œuvre de Bernard Pagès, à la frontière entre peinture, objet et sculpture.
À partir de 1973 et jusqu'en 1975 apparaît la série « Croix », où sur quatre châssis de même format, une même forme (par exemple un « L ») est obtenue par trempage le long des bords, puis les toiles sont cousues ensemble pour former une peinture. Cette série explore la couleur, parfois en aplats comme dans les œuvres de 1973, parfois en lignes colorées comme dans celles de 1975. Pour Dolla, la question de la couleur est comme un élément organisateur du tableau par points. L'artiste explique : « L'idée du tableau de juin 1973 était de construire par couture trois carrés trempés de couleurs différentes. Ce travail a ensuite conduit à construire quatre carrés, donnant ainsi naissance à la croix » (note 2). Ce retour à la couleur pose la question du fond et de la forme, cependant Dolla réinstaure une approche proche de la tradition picturale, sans pour autant abandonner l'intention de déconstruire le tableau.
À partir des années 90, il élargit le champ de sa création à une exploration de la diversité : objet, concept, peinture, etc., dans une intention de construction et de déconstruction de l'image.
Note 1 : Supports/Surfaces, Galerie nationale du Jeu de Paume, 1998, p.84. Note 2 : Collection du Musée d'art moderne de Saint-Étienne, 2000, p.167.