« Arearea » (Les Heureux), 75×94 cm, 1892, Musée d'Orsay, Paris. « Arearea » est le mot tahitien pour « les heureux ». Gauguin utilise cette langue exotique pour exprimer des sentiments et une profondeur locaux. C'est l'une des œuvres majeures de son premier voyage à Tahiti ; le thème des « Heureux » révèle que Gauguin a fleuri à Tahiti, trouvant dans ce paradis terrestre la source de sa création : une sensibilité passionnée et débridée, libérant des couleurs éclatantes qui présentent l'atmosphère onirique et joyeuse de Tahiti.

Dès son arrivée à Tahiti, Gauguin fut immédiatement ému par la beauté primitive unique des femmes tahitiennes, devenant la principale source d'inspiration de ses toiles tahitiennes. Dans cette œuvre poétique et joyeuse, deux femmes détendues sont assises sous un grand arbre dans un paysage pastoral ; l'une regarde le spectateur, l'autre joue de la flûte, tandis que la mélodie musicale flotte sur toute la toile. Un chien se trouve au premier plan, et en arrière-plan, trois femmes adorent une grande statue de pierre (une image inventée par Gauguin, inspirée des statues légendaires de l'île de Pâques). Par le contraste sensoriel des couleurs et des formes, il évoque la beauté naturelle primitive et le bonheur simple d'une vie joyeuse, quelque chose d'inimaginable pour ceux qui s'appellent civilisés ou citadins. Gauguin écrivait ainsi : « L'art est une abstraction réalisée devant la nature selon son rêve. »