Philippe Mayaux - L'art du paradoxe aberrant
Série « Guerre cruelle » Détail de 8 vitrines 2005









Philippe Mayaux (né en 1961) est le lauréat du sixième Prix Marcel Duchamp de l'art contemporain français et l'un des artistes les plus représentatifs de la scène actuelle française. Dans un contexte post-duchampien et surréaliste, il a toujours refusé d'accepter la modernité au-delà de la rétine, de Duchamp à l'art pop. Son attitude provocatrice de comportement social l'emporte sur une préoccupation purement visuelle, avec l'intention de proposer un point de vue post-conceptuel. Dans ce contexte post-postmoderne, Mayaux, comme de nombreux artistes aujourd'hui, excelle à s'approprier, détourner, altérer, voire falsifier et imiter, manipulant avec esprit et stratégie des calembours ambigus. Le « noble » devient l'originalité de son œuvre, créant, dans la flou et la polysémie, un goût extrêmement riche et raffiné pour le vulgaire et l'obscène. Il cite abondamment et critique avec ironie la société de consommation superflue et la culture pop actuelles, se moquant de la confusion des apparences et de l'ignorance, tout en tournant en dérision la valeur sociale de l'œuvre d'art.
Philippe Mayaux est profondément influencé par Duchamp et Magritte. Il se considère lui-même comme un artiste conceptuel, déclarant : « Ce que j'ai retiré du surréalisme, c'est leur écriture, car elle devient le contenu de la peinture, mais ils ont abusé des effets illusionnistes. Quant à cet effet, je le maintiens de manière appropriée. » Cependant, concernant l'ambiguïté et la polysémie de son travail, l'artiste dit : « Un tableau est quelque chose ; en le regardant, il y a de nombreux écarts. Ainsi, je commence maintenant à écrire le sujet dans le tableau pour renforcer un type de double vision parmi les écarts, forçant le spectateur à interpréter. » La création de Philippe Mayaux est une exploration multiple et composite : peinture et image en deux dimensions, sculpture-objet, installation audiovisuelle et spatiale, etc. Dans cette diversité de manifestations, il utilise tous les médias et matériaux possibles.
Dans des images visuelles choquantes, paradoxales et aberrantes, entre caprice ou science-fiction virtuelle, ambiguës et absurdes, entre une réalité dérangeante et un humour idéaliste, il déploie des situations surréalistes et oniriques. À travers des allégories symboliques et des métaphores, il interprète de manière extraordinaire le monde actuel, envoûtant, peuplé de forces obscures et de folie, onirique et grotesque.
Sculptures-objets métaphoriques Les sculptures de Philippe Mayaux sont très raffinées, telles des produits culturels contemporains, l'élégance noble devenant l'objet froid le plus original de l'artiste. L'ensemble de sa recherche tourne autour du monde absurde des comportements humains, à travers la série « Guerre cruelle », les pâtisseries françaises alléchantes et écœurantes – évoquant la série « Le sexe et la nourriture, même nature », et la série « French Cancan » pleine de fleurs papillonnantes érotiques et sensuelles, les masques de femmes aliénés surréalistes de la série « Menteur ». Il utilise la métaphore, la moquerie et l'ironie pour exposer les obsessions humaines : le sexe, l'amour, l'inquiétude, l'anxiété, la guerre, la convoitise, la désillusion et la mort.
Comme dans l'exposition « Mort Infinie » de 2007, la série « Guerre cruelle » (2005) de 8 vitrines, présentée dans des vitrines comme des étalages de magasin, expose de manière ordonnée de petites armes de guerre moulées en plâtre blanc de différentes tailles : pistolets, canons, avions, navires de guerre et missiles, ainsi qu'une série de petits soldats alignés. Une autre vitrine présente une grande série uniforme de tombes avec des croix blanches, métaphore de l'ignorance humaine et de la guerre impitoyable. La mort est un phénomène inévitable pour l'humanité, mais mourir en s'entretuant innocents est un fait absurde et cruel de la condition humaine. L'artiste explique cette œuvre : « Dans mon travail, je mélange souvent des contrastes. Le blanc est une couleur neutre, la couleur de la paix. Le blanc devient anti-superficiel... Ces armes proviennent de moules de simples petits jouets en plastique... Visuellement, elles dégagent une paix fragile. Comme souvent dans mon travail, j'essaie d'exprimer quelque chose de contraire, il y a une sorte de sérénité dans cette vitrine martiale... En même temps, un sentiment d'inquiétude en voyant ces armes qui semblent prêtes à obéir à un ordre de massacre... Les pistolets, canons et missiles sont tous érectiles, toutes ces métaphores conduisent à l'érotisme masculin visible et sont condensées dans la présentation décorative d'objets domestiques. De plus, la connotation érotique dans la technique du moulage nous est révélée comme par Duchamp. Quand le vide devient plein, la femme devient homme et vice-versa, et la fragilité du matériau en plâtre empêchera ces objets d'être éternels. »
La série d'objets sculptés « Pâtisseries françaises » (2007), servie sur de délicates assiettes blanches, présente des formes variées et des couleurs vives qui semblent délicieuses et font saliver. En y regardant de plus près, ces pâtisseries sont constituées d'organes génitaux féminins et de viscères, métaphore de « Le sexe et la nourriture, même nature ». Elles libèrent la morale sociale et l'esthétique moderne dans le vulgaire et le mauvais goût. La série d'installations audiovisuelles « Menteur » présente des masques de têtes de femmes métamorphosées, avec un nez-pénis masculin, évoquant Zhu Bajie (quatre de chaque côté). Des haut-parleurs sont installés derrière les masques, racontant sans cesse, dans un brouhaha, des histoires d'amour romantiques interminables entre hommes et femmes. Les déclarations d'amour et les mots doux sont toujours émouvants et envoûtants, plongeant avec tendresse dans un océan de passions ou un abîme de confusion. Cette œuvre poétique et picturale évoque la situation des amours entre hommes et femmes.
Sculptures motorisées légères La série d'installations sculpturales motorisées « French Cancan » (2006) est l'œuvre la plus envoûtante de Philippe Mayaux. Cette série, d'une grande douceur et sensualité, présente le bas-ventre féminin envoûtant – un organe sexuel en forme de noix, sur lequel sont fixées deux douces et légères plumes blanches et pures. Actionnées mécaniquement, elles voltigent sans cesse comme des papillons-fleurs, très poétiques et sensuelles, provoquant la rêverie et évoquant la romance unique des Français, avec une moquerie humoristique et joyeuse de la consommation et de l'anxiété sexuelle.
La série « Agitateur » (dix-huit pièces) (2009) présente diverses figures humanoïdes de différentes tailles, tenant chacune divers slogans agitateurs en noir et blanc ou blanc et noir. Un dispositif motorisé mécanique les fait agiter régulièrement de gauche à droite. Dans cette société démocratique, les manifestations sont monnaie courante pour les Français, et malgré leurs efforts communs, ils tentent vainement de transformer l'utopie en réalité, métaphore humoristique de l'hystérie collective de la société française.
Installations spatiales symboliques Lors de l'exposition personnelle « Mort Infinie » en 2007, un piédestal présentait un rectangle de faux granit (imitation de veinage de marbre en contreplaqué) sur lequel était clairement écrit « MORT INFINIE », comme un monument extraordinaire. Deux bancs étaient placés de chaque côté du monument, invitant les visiteurs à s'asseoir et à regarder par un trou situé à chaque extrémité. En regardant d'un bout à l'autre, on ne voit en réalité rien du tout, donnant une sensation d'avoir été trompé ; la mort semble impossible à percevoir. Une certaine romance, une observation mystérieuse menant aux profondeurs du cœur humain. Bien sûr, puisque l'existence est une mort infinie, il y aura aussi une renaissance infinie ; la nature est intrinsèquement perpétuelle. Dans cette polysémie, l'artiste déclare : « Mon travail est basé sur l'interprétation. Je ne souhaite pas que le spectateur me prenne pour un enfant, exigeant comment interpréter une œuvre. J'espère plutôt que le spectateur lui-même ait la responsabilité de sa propre interprétation de l'œuvre. »
Peintures et images oniriques La peinture de Philippe Mayaux est imprégnée de situations oniriques fortement surréalistes, très coloriste, iconique et imagée, littéraire et narrative, naviguant entre le pop art et la bande dessinée populaire. Les images proviennent de l'appropriation de l'histoire de l'art et d'images publicitaires commerciales populaires, couvrant portraits, paysages et natures mortes. L'artiste se considère comme un peintre anti-gestuel, essayant de montrer qu'il peut créer une sensation alternative et un nouveau type d'œuvre. L'artiste dit : « Il est désormais inutile de poser la question de la peinture, ce n'est plus une question de beauté ou d'autre chose. Quand on parle de bien ou de mal peindre, cela me fait penser au Salon des métiers d'art, à des cendres surannées ou autre. » Dans une construction d'œuvre aux combinaisons inattendues, il révèle une illusion hors du commun, créant, à travers le paradoxe aberrant, une nouvelle sensation et un nouvel horizon.
La série de tableaux « Écorce » (13 tableaux) (2005-07), assez abstraite dans la représentation décorative de surfaces d'écorce, ajoute des couleurs vives et criardes expressionnistes, et sur chaque type d'écorce différent, écrit de manière soignée, comme une publicité, le nom de l'arbre peint, renforçant non seulement la forme picturale mais aussi le sujet. Par exemple, « houx » écrit « ou », « bouleau » écrit « boulot », etc. L'artiste utilise l'écorce comme métaphore du corps humain, dont l'apparence change si visiblement et rapidement avec le temps. L'artiste considère que « l'arbre est l'origine de la pensée moderne, car l'arbre fournit le feu qui nous fait vivre et protège nos animaux, et nous y inscrivons avec arrogance nos actions humaines. »
Lors de la deuxième édition de l'exposition « Le Pouvoir de l'Art » en 2009, Philippe Mayaux a présenté une série de peintures moqueuses et métaphoriques de conditions humaines, grandes et petites, absurdes et ridicules. Par exemple, une volée de mouches changeant de formation, symbolisant l'oisiveté. Une série continue utilisant des viscères pour représenter la famille nucléaire, incluant trois portraits : le père « Viens Papa », la mère « Maman embrasse-moi », le fils « Joue avec moi Fredy », avec un miroir placé à côté du tableau, tentant de pointer la vanité du spectateur lui-même.
Images de type publicitaire À l'ère numérique actuelle, l'image est devenue un excellent médium pour transmettre la pensée et le point de vue artistiques. Philippe Mayaux n'y fait pas exception, inversant accidentellement diverses images et combinant des éléments hétérogènes ; le paradoxe aberrant est la meilleure incarnation de l'assemblage de l'imaginaire. Il utilise des tirages grand format d'affiches publicitaires, proches de la forme et de l'apparence de la peinture. Collées directement sur le mur, elles sont pleines d'une rêverie surréaliste, tentant de s'affranchir de tous les préjugés esthétiques et moraux : comme « Monstre Bizarre - Focbit » (2007), un animal indéfinissable, un poisson sensuel dont la tête est un gland rose de pénis masculin envoûtant, debout sur un gros mamelon féminin rose. Une autre œuvre, « Monstre Bizarre : Dé-Altération » (2007), montre une poupée Barbie vêtue d'un manteau luxueux en plumes, les mains posées au sol, sans pieds, une queue de rat dépassant du manteau de plumes, comme un monstre bizarre contemporain mi-humain mi-bête, poétique et pictural, plein de métaphores et d'un espace imaginaire extraordinaire.
Métaphore de la condition humaine actuelle Dans le monde plein d'absurdité et de paradoxes aberrants de Philippe Mayaux, s'ouvrent toutes les possibilités et un espace fantastique incomparable. L'artiste établit un ensemble désordonné, harmonisant des éléments différents, assemblant des fragments de corps impossibles, accumulant des lèvres vaginales, un Lilliput de pénis, des lanternes-seins, des têtes de poisson à gland rose, fusionnant pénis et mamelons pour créer des monstres bizarres androgynes et des images picturales et visuelles super-illusionnistes renversées, toutes également à la fois choquantes et magiques. Son rêve merveilleux est insaisissable, encore moins compréhensible. Derrière l'humour se cachent des pleurs, sous la facétie coulent des larmes, sous le paradoxe se trouve la vérité, sous cette magnificence résident l'anxiété et l'inquiétude, sous cet éclat brillant existent la corruption et la mort. Tout suggère l'impossibilité et la situation aberrente inimaginable de la société humaine actuelle. Ainsi, l'œuvre sérieuse et humoristique de Philippe Mayaux révèle la somme des peurs humaines, mais l'artiste n'est jamais pessimiste, car « le monde n'a jamais été aussi intéressant ; aujourd'hui, un flot continu d'informations riches nous entoure ».