(1) Vue de la salle d’exposition de l’installation audiovisuelle « Le Trompeur », 2007, chaque pièce 35x20x12 cm. (2g.) Gauche : sculpture « Pâtisseries françaises », 2007 ; droite : affiche imaginaire « Chimere - Focbit », 2007, 300x400 cm. (2d.) Gauche : affiche contemporaine et fantastique « Chimere - la decloneuse » représentant une créature mi-homme mi-bête à tête de poupée Barbie, 2007, 300x400 cm ; droite : série d’installations mécaniques sculptées sur le thème du « Can-can français ». (3) Une des installations mécaniques sculptées « Can-can français », légère et poétique, œuvre de 2006. L’exposition personnelle de Philippe Mayaux, lauréat du prix Marcel-Duchamp 2006, intitulée « À mort l’infini », est présentée au Centre Pompidou, Espace 315 Contemporain, du 10 mai au 15 août.

Philippe Mayaux (né en 1961) est le lauréat de la 6e édition du prix Marcel-Duchamp pour l’art contemporain français et figure parmi les jeunes artistes les plus représentatifs de sa génération. Comme de nombreux artistes postmodernes, il explore un style pluriel (peinture, sculpture, objets, installations audiovisuelles, etc.). Ses images visuelles choquantes et anormales, relevant du surréel et du rêve, mêlent symbolisme mécanique et sexualité dans un univers fantaisiste ou de science-fiction, souvent en référence à l’histoire de l’art, oscillant entre Duchamp et Picabia. Dans cette exposition, Philippe Mayaux présente dramatiquement deux grands environnements spatiaux reliés par un long tapis rouge central traversant toute la salle, passant par la salle miroir de l’installation « Le Trompeur » jusqu’à l’installation d’objets « À mort l’infini », unifiant ainsi divers thèmes.

Dès l’entrée, on est attiré par la série d’installations de vitrines de guerre cruelles. Huit vitrines présentent ordonnancées des armes de guerre et soldats moulés en plâtre blanc : pistolets, canons, avions, navires de guerre et missiles, ainsi qu’une grande série de croix blanches uniformes formant des tombes. Cette installation surréelle sur la guerre et la mort est pleine de métaphores. L’artiste explique : « Dans mon travail, je mélange souvent des références opposées. Le blanc est une couleur neutre, celle de la paix. Il devient anti-représentatif... Ces armes proviennent de moules faits à partir d’emballages en plastique simples... Visuellement, elles dégagent une paix fragile. Comme dans mes œuvres habituelles, j’essaie d’exprimer quelque chose de contraire, une sorte de sérénité dans ces vitrines martialles... On ressent une inquiétude en voyant ces armes comme si elles obéissaient à l’ordre de tuer... Les pistolets, canons et missiles sont érectiles ; toutes ces métaphores renvoient à la sexualité masculine visible, réduite à des gadgets domestiques déséquilibrés. La connotation érotique se trouve ailleurs, dans la technique de moulage, comme Duchamp nous l’a montré. Quand le vide devient plein, la femme devient homme et vice versa, et la fragilité du plâtre rend cet objet éternel. »

Sur le mur gauche, une série de treize tableaux « Écorce » est assez abstraite dans la représentation décorative de surfaces d’écorce. Sous des couleurs criardes, les noms d’espèces d’arbres sont inscrits avec précision publicitaire sur différents types d’écorce, par exemple « houx » écrit « ou », « bouleau » écrit « boulot », etc. L’artiste utilise l’écorce comme métaphore du corps humain, qui change rapidement sous l’effet du temps. Pour lui, l’arbre est à l’origine de la pensée moderne car il fournit le feu pour survivre, protège nos animaux et permet de graver fièrement nos actions humaines.

Sur le mur droit, la série légère et poétique d’installations mécaniques sculptées « Can-can français » présente de manière très sensuelle les organes sexuels féminins séduisants, semblables à des noix, ornés de paires de plumes blanches douces et légères. Sous l’action mécanique, ils s’envolent continuellement comme des papillons, créant une atmosphère poétique et sensible qui évoque la romance unique des Français. Sur la table en face, une série d’objets sculptés « Pâtisseries françaises » prend diverses formes et couleurs vives dans des assiettes blanches, paraissant délicieux et appétissants. Cependant, lorsqu’on y regarde de près, ces pâtisseries sont constituées d’images d’organes sexuels féminins, suggérant la métaphore « manger et aimer sont de même nature », libérant ainsi la morale sociale et l’esthétique moderne d’un mauvais goût supposé.

Au centre, dans la salle miroir, l’installation audiovisuelle « Le Trompeur » présente une série de têtes féminines transformées en Zhu Bajie (quatre à gauche, quatre à droite), racontant sans fin l’histoire entre hommes et femmes. Amour et paroles suaves font toujours vibrer le cœur et envoûtent, entraînant dans les tourments de la mer de l’amour ou de la passion confuse. Ces œuvres poétiques reflètent les scènes de plaisir charnel.

Deux grandes affiches imaginatives sont directement collées sur les murs. À gauche, une créature fantastique indéterminée – un poisson sexy dont la tête est un gland de pénis masculin rose séduisant – debout sur un gros téton féminin, intitulé « Chimere - Focbit ». À droite, une poupée Barbie vêtue d’un manteau de plumes, agenouillée au sol, sans pieds, avec une queue de rat dépassant du manteau, créature fantastique mi-homme mi-bête contemporaine pleine d’espace imaginaire, intitulée « Chimere - la decloneuse ».

À l’extrémité du tapis rouge se trouve l’installation d’objets « À mort l’infini ». Un faux granit rectangulaire (construit en contreplaqué) repose sur un socle, portant clairement l’inscription « À mort l’infini », tel un monument inhabituel. Deux bancs sont placés de part et d’autre du monument. Les spectateurs s’assoient pour regarder les trous aux extrémités du monument, pensant pouvoir voir d’un bout à l’autre, mais ne voient rien, ressentant une impression de tromperie. Qui croira encore à cette mort infinie ? Bien sûr, l’existence est la renaissance éternelle de cette mort infinie. Philippe Mayaux déclare : « Mon travail repose sur l’interprétation. Je ne veux pas que les spectateurs me prennent pour un enfant exigeant qu’on leur dise comment interpréter une œuvre. Je préfère que les spectateurs aient eux-mêmes la responsabilité d’interpréter l’œuvre. »