Les jardins ouvriers parisiens
Une oasis entre les immeubles urbains : les potagers citoyens.








Texte et photos / Chen Chi-Hsiang Il est difficile d’imaginer qu’il existe encore des jardins ouvriers à Paris ; c’est seulement lors du Festival du jardinage de Paris, fin mai dernier, que j’ai eu l’opportunité de visiter ces rares espaces verts citadins. Au siècle dernier, ces jardins se trouvaient en périphérie de la grande banlieue parisienne, sur les terrains vagues près des usines ou des entrepôts ; aujourd’hui, ils ont disparu avec la construction de grands immeubles. La métropole est devenue une forêt de murs de béton, les usines se sont déplacées, le réseau ferroviaire a été enterré. Dans mon arrondissement, le XIIIe, notamment dans le nouveau quartier de la Bibliothèque et des Moulins, on ne retrouve plus rien sur les anciennes cartes. On peut imaginer que dans un lieu où chaque pouce carré compte, face à la pénurie de logements et à la hausse constante de l’immobilier, il n’y a guère de place pour offrir aux habitants un terrain pour cultiver fleurs et légumes. Personne n’aurait pu imaginer qu’on puisse encore voir, le long de la Périphérique, une ligne de chemin de fer abandonnée depuis le siècle dernier, dont certaines sections ont déjà été remplacées par des murs de béton. Heureusement, il reste des zones non développées, bloquées au cœur de l’expansion urbaine, attendant d’être aménagées. Les voies ferrées désaffectées derrière ma maison en sont un exemple : les espaces marginaux existent bel et bien.
Profitant du week-end inaugural du Festival du jardinage (début d’automne), j’ai appris grâce au programme que le potager citoyen se trouve juste en face de la Cité universitaire, familière à tous, dans le parc Montsouris, verdoyant et luxuriant, derrière les réservoirs d’eau de Paris. Sur une parcelle au relief particulier, bordée de collines et entourée d’immeubles en béton, adossée au mur de la ligne ferroviaire rapide, cette terre louée par des associations auprès de la mairie de Paris est devenue un espace de loisir dominical. Ici, les Parisiens cultivent avec joie leurs petits jardins, s’adonnant au plaisir amateur d’agriculteurs urbains. Cette oasis verte pleine de vie sert aussi de lieu de rencontre pour les voisins, constituant une zone tampon urbaine où les habitants peuvent découvrir l’écologie naturelle et oublier leurs soucis, accompagnés de visites guidées régulières.
Un autre jardin ouvrier se situe dans le XIVe arrondissement, le long de la Périphérique, sur une ancienne voie ferrée abandonnée. Il forme une bande étroite, coincée entre la ruelle ferroviaire et la rue Masséna, constituant une oasis communautaire. Chaque jardinier dispose d’un carré d’un mètre carré, planté selon ses envies, principalement pour le plaisir. On y trouve de nombreuses plantes fleuries et légumes attrayants, ainsi que des herbes aromatiques variées et des légumes de saison. Bien que la superficie soit modeste, le plaisir est immense. Ces espaces verts constituent un exutoire nécessaire à la vie urbaine, permettant de retrouver une certaine liberté dans la nature et de reconnecter avec nos racines naturelles. Les jardins ouvriers urbains permettent non seulement de se rapprocher de la nature, mais aussi de retrouver notre humanité fondamentale.