L'art est partout, mais il n'a rien à voir avec la beauté
Dans ce monde où les valeurs sont inversées, le « laid » peut parfois être très « beau ».






Arrière-plan – John Baldessari (né en 1931 aux États-Unis), Trumpet-With Ear (Opus 133), 186x183x267 cm, 2007. Avant-plan – Berlinde de Bruyckere, K36-the black horse, polyuréthane, mousse, peau de cheval, bois, fer, dimensions totales 295x286x158 cm, 2003, Saatchi Gallery.
La créativité est omniprésente dans la vie ; elle est le moteur de la civilisation humaine et l'énergie vitale primordiale. Cette force créatrice inépuisable nourrit chaque existence et contribue à bâtir une société harmonieuse et un nouveau monde magnifique. La créativité ne porte pas nécessairement le nom d'« art » ; ainsi, l'art n'est pas confiné au cadre institutionnel (musées, galeries, centres d'art). Au sens large, l'art est présent partout dans l'espace quotidien : il suffit d'être attentif pour le percevoir et le ressentir. Il n'a pas besoin d'être qualifié de « beau », ni même d'y être lié.
De toute évidence, l'art est fascinant et omniprésent, indépendamment de la beauté. Celle-ci n'est ni la norme ni l'étalon des choses humaines ou artistiques, car elle implique aussi le bien et le vrai. Le « beau » varie selon les régions, les époques, les cultures et les traditions, ainsi que par ses dimensions matérielles et spirituelles, influencé par l'état d'esprit du moment qui fonde notre perception esthétique. Si tout était beau, cela serait incomplet ; dans la dualité relative de l'esprit, sans le laid, comment le beau pourrait-il se manifester ? La beauté est-elle comparative ou sensible ? En acceptant que « tout est beau » et en dépassant les oppositions, on découvre un monde intérieur joyeux.
En examinant l'histoire de l'art occidental moderne, chaque époque a ouvert de nouvelles voies sans se soucier de la beauté, souvent méprisée, voire maudite. L'art kitsch est facilement rejeté par le beau. Comme l'a dit le poète romantique français Charles Baudelaire : « La beauté est toujours bizarre ». Les générations suivantes diffèrent des précédentes par leurs visions du monde et de l'art, remettant en question les valeurs et l'expérience esthétique. Par exemple, les nus réalistes de Courbet ont été moqués (« Un crocodile ne mordrait pas sa femme tombée dans un égout ») ; c'était un défi social et un mépris du beau conventionnel, nécessitant courage et vision. Comment les regarde-t-on aujourd'hui ?
L'art moderne offre de nombreux exemples : le Fauvisme fut insulté comme « sauvage », défiant les goûts établis. Le Dadaïsme, plus radical, s'opposait à tout, notamment à la mécanisation du monde, affirmant que l'art pouvait être mauvais, ennuyeux, grossier, sucré, dangereux, agréable ou laid. Les graffitis marginaux ou le « bad painting » néo-expressionniste des années 1980 faisaient de même, rejetant les expériences esthétiques traditionnelles. L'équipe d'art contemporain française Presence Panchounette écrit : « Dans ce monde où les réalités sont inversées, le "laid" peut parfois être très "beau" ». Ainsi, l'art est partout, mais il n'a rien à voir avec la beauté.
La vérité de l'art est captivante, souvent plus émouvante que l'esthétique pure. Bien que lourde et tragique, elle reflète fidèlement la situation hypocrite actuelle. La vérité est difficile à accepter, silencieuse, mais fascinante comme la beauté. Elle change non seulement l'art, mais le monde. Comme le disait Nietzsche : « Nous créons l'art pour ne pas mourir de la vérité ».