L'œuvre « L'Autre Côté - Hommage à Kafka » en sachets de thé, 125x150cm, 1991-92, œuvre représentative du diplôme de Mei Ping à l'École des Beaux-Arts de Paris
"Hong Kong Ici et Maintenant - Si proche, si loin" (1995-96) Installation d'objets, sons et espaces
Où va le train ? Perruques et photographies, installation spatiale, 1998
Scène spectaculaire « Mémoire du futur », dix mille chaussures pour enfants en cheveux, installation d'objets et d'espaces, 1998-2002
Autre scène spectaculaire « Mémoire du futur », dix mille chaussures pour enfants en cheveux, installation d'objets et d'espaces, 1998-2002
Brique fourmi « Sous les pieds, la terre », 240mmx115mmx53mm, 2008
Détail de la brique fourmi « Sous les pieds, la terre », 240mmx115mmx53mm, 2008
Bateau-miroir - À la recherche de la laine perdue, 7 pieds x 3,5 pieds x 3 pieds, 2005-2007

« L’art est magique, il nous libère du mensonge de l’existence véritable. » Theodor W. Adorno

Texte / Chen Chi-Hsiang

Préface : L’existence est une relation, celle du ciel et de la terre, de l’homme et du monde, du matériel et du spirituel, de l’autre et du soi, de l’événement et de la chose, du vide et du plein, de la vie et de la mort… etc. L’existence implique des conditions relationnelles et façonne les situations de vie et la conscience au sein de ces relations ; l’existence devient ainsi un récit des relations, tandis que l’art se transforme en esthétique des relations. L’artiste Meiping déclare : « Je suis une créatrice qui parle des “relations” entre les choses. J’essaie d’interpréter une “incertitude” à travers mes œuvres, ainsi que les symptômes qu’elle engendre. » (Note 1)

Les explorations artistiques profondes de Meiping relèvent d’une perspective féminine mais transcendent le cadre du féminisme. Elle fusionne des formes interdisciplinaires multiples et examine la vie quotidienne à partir de ses perceptions, comme le pense l’artiste Louise Bourgeois : « L’art n’est pas seulement de l’art, la vie elle-même est le sujet de l’art ». De la réflexion sur son existence personnelle à l’exploration des phénomènes mondialisés actuels, elle oriente, dans un large éventail de sensations, vers les aspects mystérieux de l’expérience humaine. Sa création plurielle inclut les médias mixtes, la vidéo, les installations multimédias et les projets in situ. Touchant à la diversité de la vie, elle englobe tout, de l’individu à la famille, du collectif à la société, de la politique à la culture, de la religion au matériel, de l’esprit à la conscience, du local au global. Le philosophe de l’École de Francfort Theodor W. Adorno écrit dans l’essai Au moins de la morale, penser la diversité des vies : « L’art est magique, il nous libère du mensonge de l’existence véritable » (Note 2). Le poète français Paul Éluard dit : « L’artiste n’est pas seulement un reflet, mais un prédicteur de la réalité » (Note 3).

Concepts de création artistique : Meiping n’est pas seulement une artiste visionnaire, mais aussi une collectionneuse à la manière d’Ali Baba (collectant pour créer), focalisée sur les objets et concepts liés à la conscience créative. Elle maîtrise les objets du quotidien et en crée des significations extraordinaires. L’artiste dit : « Mon attachement au réel découle de la quête de la réalité de la vie. Sans le réel, la vie perd son support et sa référence ; je crois fermement que mon processus créatif est similaire » (Note 4). Il est évident que chacun crée une réaction face au monde extérieur, réaction fondée sur des raisons pratiques ; la réaction des gens constitue leur réalité (Note 5). Ainsi, chacun expérimente et dépasse son propre moi à travers la création.

Elle excelle à aliéner les phénomènes et objets quotidiens, à perturber de manière inhabituelle le réel, et privilégie les créations interactives avec le public. Par conséquent, elle n’utilise pas nécessairement un médium spécifique habituel, mais met plutôt l’accent sur la caractéristique de « la poursuite continue de l’événement ». Ses œuvres récentes ne cherchent pas tant à révéler ou refléter quelque chose, mais créent des événements par les « relations » et permettent leur lecture à travers ces événements. Elle se méfie également de toute domination dans les œuvres, car cela générerait des symboles ordonnés ; elle estime donc que l’ambiguïté des œuvres est une partie importante de la création, conduisant à des gestes artistiques difficiles à classer. Elle accorde aussi une grande importance au contexte spatio-temporel lors de la lecture des œuvres, et aux relations d’inter-textualité générées avec le moment et le lieu, particulièrement avec la culture communautaire. Dans ses œuvres, elle souhaite toujours poser des questions continuellement et rester capable d’en formuler (Note 6). L’écrivain et cinéaste Oscar Wilde dit : « Le vrai secret du monde est ce qui est visible et ce qui passe par l’invisible ».

Le « sachet de thé » dans le contexte culturel (1991-1992) : La peinture « Sachet de thé » intitulée « L’Autre – Hommage à Kafka » est l’œuvre représentative de Meiping lors de sa sortie de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Elle provient de deux amis décédés accidentellement successivement lorsqu’elle était en troisième année, suscitant chez elle un profond sentiment de la fragilité et de l’impermanence de la vie. Cela ne lui a pas seulement causé un choc immense, mais a également changé sa perception habituelle de l’œuvre. Durant cette période, enfermée dans la réflexion sur le sens de l’existence, elle a savouré minutieusement le thé, observant les changements de couleur dus à l’infiltration des sachets, comprenant ainsi le récit naturel lui-même et maîtrisant les techniques matérielles. Elle a intégré son attitude envers la vie dans ses œuvres, ouvrant ainsi son exploration artistique du récit des relations.

Le thé est un matériau médiatique symbolique de la culture orientale, tandis que le sachet de thé porte une connotation interculturelle. Le choix du sachet de thé fait indirectement et inconsciemment référence au contexte postcolonial de Hong Kong ; le matériau tente de présenter une identité culturelle racine à travers la conscience de l’ailleurs. Les peintures-sachet ont une force et une tension liées à leur texture brute et naturelle. C’est une matière active : tous les sachets sont humides lors de la couture, et la couleur naturelle du thé continue de s’estomper mutuellement jusqu’à séchage complet. L’effet visuel et tactile puissant laisse échapper une odeur parfumée et matérielle des taches de thé, présentant la mémoire du temps et enregistrant l’état d’esprit de l’artiste à cette époque.

Meiping utilise vingt mille sachets de thé infusés pour créer deux peintures-sachet, et fabrique elle-même deux cadres en bois épais et massifs. Après avoir fait infuser les sachets, elle les coud serrés un par un avec du fil (noir) pendant qu’ils sont encore humides, avec la délicatesse et la patience féminines. Chaque centaine de sachets est séchée au soleil ; après dessiccation, ils présentent des nuances de couleurs variées selon les niveaux d’infusion, allant du brun clair au brun-noir foncé. Ces nuances naturelles intrigantes dégagent une saveur ancienne, amère, mélancolique et sentimentaliste. Sous la narration sensorielle, l’objet-corps révèle silencieusement une silhouette de la mort non masquée, manifestant une compassion universelle et démontrant la volonté féminine délicate mais résiliente et déterminée.

La photographie de l’aliénation « Hong Kong ici et maintenant – Proche lointain » (1995-1996) : Après les œuvres sur les sachets de thé, Meiping explore profondément les récits relationnels, commençant à collecter massivement et diversifiquement toutes les matières et médias possibles, des photographies planes aux boîtes aux lettres physiques, en passant par la vidéo et le son. « Hong Kong ici et maintenant – Proche lointain » est une installation spatiale interactive entre objet et son, reflétant le plus socialement pertinent aspect individuel et collectif, de la maison à la nation, à la veille de la rétrocession de Hong Kong. Les différentes boîtes aux lettres, grandes et petites, neuves et anciennes, présentes dans l’œuvre, sont toutes collectées par elle dans la métropole animée de Hong Kong et les îles reculées (parfois même volées par impatience). Des centaines de boîtes aux lettres de formes variées sont reliées par des fils électriques ; cachées à l’intérieur se trouvent les sons de leur environnement et des interviews sur la vie, incluant diverses langues, dialogues et demandes de personnes et de choses différentes. Elle installe des capteurs : lorsque la lumière est bloquée par l’approche du public, des sons spécifiques (voix humaines, trafic, bruit, travailleurs étrangers, nouveaux arrivants, religieuses, murmures) sont automatiquement diffusés. Cela restitue au spectateur la scène originale des boîtes aux lettres, incarnant les contextes de chaque environnement, présentant la sociologie des visages de la société métropolitaine, ethnique, environnementale et raciale de Hong Kong, reflétant l’état psychologique urbain et la conscience métropolitaine.

La boîte aux lettres est le visage individuel de la frontière sociale, et symbolise également le mode de vie et la conscience urbains. La forêt de béton urbaine existe dans l’aliénation, l’indifférence et la distance. La métropole réduit l’existence individuelle, révélant la fragilité et la solitude désespérée de la vie, la solitude au milieu de la foule, un état psychologique et situationnel où l’on est proche mais pourtant loin, reflétant la photographie existentielle des métropoles animées des pays en développement. Les structures familiales et régionales disparaissant progressivement à Hong Kong, la distance spatio-temporelle crée indifférence, distance, confusion, solitude désespérée et insécurité dans la cohabitation urbaine. Cela étend l’entrelacement émotionnel entre la maison et la nation, et l’incertitude face à l’avenir, surtout après cent ans de colonisation britannique, alors que la rétrocession à la patrie approche. Face à la réalité politique Chine-Hong Kong / Nation-Ville, où se trouve la région spéciale ? Entre amour et haine, la patrie est proche mais semble lointaine, capturant l’état flottant et anxieux de « Hong Kong ici et maintenant ».

En 2001, Meiping déménage dans le quartier animé de Mong Kok et collecte vingt-et-une boîtes aux lettres de cette zone, constituant ainsi la version Mong Kok de « Hong Kong ici et maintenant – Proche lointain » (2001-2008). Après la rétrocession à la patrie, les individus, les familles (collectifs), la Chine-Hong Kong / Nation-Ville sont-ils devenus plus harmonieux ou sont-ils devenus encore plus proches-lointains ?

Le mystère de la vie « Mémoire futur » (1998-2002) : Les matériaux capillaires ont toujours attiré l’attention et la curiosité de Meiping. Dès 1995, elle commence à collecter et utiliser les cheveux comme matériau médiatique. Les cheveux symbolisent le corps et la conscience individuels. En 1998, dans l’œuvre « Où va le train ? », elle utilise à nouveau des perruques postiches comme média d’installation. « Mémoire futur », sous forme de monument, est son œuvre la plus représentative et dramatique. Cette pièce résulte d’une exploration approfondie de la conscience humaine réalisée lors de ses études supérieures au California Institute of the Arts aux États-Unis. La création continue pendant quatre ans avant d’être véritablement achevée en 2002. Ce n’est qu’en venant étudier aux États-Unis que Meiping commence à collecter des cheveux de différentes races et régions du monde, commençant par ses amis proches, puis via les salons de coiffure universitaires, les centres de tri des déchets urbains et des appels sur Internet. Au total, hommes, femmes, jeunes et vieux, provenant de tous les coins du monde et de cent races différentes, l’artiste a personnellement modelé et tressé dix mille paires de chaussures pour enfants (chaque paire faisant de 5 à 10 cm). Selon la taille et l’espace du site, le nombre et l’agencement varient, faisant souvent face à l’entrée de l’exposition pour accueillir le public. La chaussure symbolise le corps, l’action, l’avancement, la protection, l’innovation et la conscience de l’existence. Les légères chaussures de cheveux créent une scène dramatique et envoûtante de « langage capillaire ». Agrégées, elles ressemblent à un monument humain tragique et compatissant ; déployées, elles évoquent l’image spectaculaire de milliers de personnes marchant sur place. Remplies de significations et de signes vitaux, « Mémoire futur » suggère discrètement la direction future de l’humanité sous le système bureaucratique technologique actuel.

L’inspiration des chaussures de cheveux vient de l’exploration de la nature commune de l’humanité. Les cheveux sont un matériau très personnel ; bien que leurs couleurs varient selon les races dans le monde, leur phénomène commun est de devenir gris puis blancs avec le vieillissement. Bien que les humains diffèrent par race et culture, leur essence fondamentale est identique. Le thème de « Mémoire futur » implique le temps et l’espace, condensant passé, présent et futur dans l’instant, dans l’ambiguïté des symptômes de l’« incertitude » entre le connu, l’inconnu et l’inconnaissable. La mémoire appartient au passé, le futur n’est pas encore arrivé ; les cheveux sont des signes de l’existence humaine, et les gènes deviennent le code mémoriel de l’existence individuelle. Le futur est inaccessible et dans un état d’incertitude inconnue ; la vie fonctionne ainsi dans un monde mystérieux et inconnaissable. « Mémoire futur » indique le mystère de l’existence, une conscience bien plus vaste que l’existence seule. La disparition du corps et la présence éternelle contiennent un volume métaphysique extraordinaire, transcendental, construisant une mémoire futur intemporelle. Sous la possibilité de comprendre le futur à travers le passé, l’existence unifiée possède une conscience de compassion universelle et de solidarité profonde.

La métaphore du réel « Brique-fourmi – Sous les pieds, il y a la terre » (2008) : Meiping est folle de collections, ramassant tout, y compris les fourmis (commandées spécialement à Wuhan, Chine) et même le sang VIH méconnu. Les fourmis deviennent matériau et média, apparaissant dans l’installation in situ « Enregistrement des fourmis mortes » de l’an 2000. Elle place directement des fourmis vivantes dans les projections d’un vidéoprojecteur, montrant avec éclat la scène dramatique où les fourmis fuient anxieusement dans un espace clos et chaud, jusqu’à leur mort successive. Cela illustre les discours apocalyptiques de l’an 2000, métaphorisant la vague actuelle d’immigration illégale mondiale, en particulier les décès d’immigrants chinois clandestins dans des camions-citernes fermés en France ; les fourmis deviennent ainsi la métaphore du réel.

« Sous les pieds, il y a la terre » remet en scène les fourmis, sous forme de briques noires fascinantes appelées « briques-fourmi ». Deux tailles existent, quatre pièces au total : deux aux dimensions des briques hongkongaises (200mm x 100mm x 60mm) et deux aux dimensions standard des briques de terre cuite chinoises (240 x 115 x 53mm). On dit qu’il y avait deux briques taïwanaises, mais elles n’ont pas pu être compressées avec succès. Meiping dit : « C’est une œuvre créée pour une exposition sur le logement public. Elle concerne certaines idées ou intuitions sur l’existence humaine. Je voulais initialement faire plusieurs centaines de ces briques-fourmi et construire un mur » (Note 7). Utiliser effectivement les fourmis pour métaphoriser l’environnement de vie surpeuplé des métropoles modernes est approprié, surtout pour Hong Kong, ville bâtie sur des terres gagnées sur la mer, reflétant parfaitement la photographie urbaine oppressante et asphyxiante de la forêt de béton.

« Sous les pieds, il y a la terre » insiste sur la perception corporelle, pointant directement le cœur des conditions de survie urbaines actuelles. Dans la métropole surpeuplée de Hong Kong (comme dans beaucoup de métropoles mondiales), les conditions de vie et d’existence se détériorent continuellement avec l’urbanisation. Sous le développement vertical de la forêt de béton, il semble presque impossible de toucher la terre depuis les espaces de vie high-tech. Ensuite, l’œuvre décrit les relations et conditions entre les populations urbaines, les individus ou les groupes associés, saturant la société de cohabitation urbaine d’une sensation d’oppression et de pression existentielle individuelle. Outre les conditions de logement et d’environnement, l’inégalité croissante des richesses dans la société actuelle rend la situation encore plus difficile à imaginer. À moins de construire une structure organisationnelle semblable à celle d’une société de fourmis, est-il possible d’avoir « Un monde, un rêve » sur une seule brique ? N’est-ce pas là une utopie, puisque le développement de Hong Kong a déjà dépassé l’utopie ? Du point de vue artistique, cela suscite une interrogation biologique, physique, psychologique, physiologique, sociale, humaine, structurelle et organisationnelle, pointant directement le cœur de la métropolitique. Bien que petite, cette œuvre propose des conditions spatiales urbaines macroscopiques et le dilemme et la vision de l’existence humaine, montrant le courage et la profondeur de pensée de Meiping.

La conscience imaginaire « Bateau-miroir – À la recherche de la brebis insomniaque » (2005-2007) : Meiping est ambitieuse, dotée d’un regard acéré et d’une imagination extraordinaire. Entre 2005 et 2007, un bateau presque invisible apparaît près des côtes de Sai Kung à Hong Kong : le « Bateau-miroir ». Tout le bateau est enveloppé de plastique miroitant à l’intérieur et à l’extérieur, se fondant dans son environnement. La contemplation miroitante du domaine du miroir construit la conscience imaginaire, illustrant concrètement la frontière du vide. Le bateau-miroir, reflet illusoire et réel, fait de l’existence elle-même une réalité. Entre le vide et l’illusion, elle construit la « brebis insomniaque ». Dans quelle couche de conscience peut-on trouver cette « brebis insomniaque » ? Le bateau, bien qu’invisible, est là ; mais la brebis, où est-elle exactement ? Semble-t-il explorer la nature fondamentale de la vie individuelle, s’étendant à la question de savoir où va la Région administrative spéciale de Hong Kong ou l’humanité actuelle ?

« Bateau-miroir – À la recherche de la brebis insomniaque » est une installation d’art public interactive-objet. Un bateau-miroir mobile invite les spectateurs à monter seuls pour expérimenter la sensation de dérive en mer pendant environ quinze minutes. Une autre grande embarcation, transportant trente-cinq spectateurs, navigue en face. Pour la sécurité du bateau-miroir ou s’il dérive trop loin, un câble de cent cinquante mètres relie les deux bateaux. Les spectateurs de la grande embarcation peuvent observer la scène dramatique et floue jour et nuit du bateau-miroir flottant et sombrant en mer. Flottant entre le ciel et la mer sans limites, le bateau-miroir se fond dans l’océan immense. Les spectateurs à bord peuvent, grâce à une radio conçue spécifiquement et via des haut-parleurs, raconter leur situation et leurs réflexions aux spectateurs de la grande embarcation. Ce modèle interactif soigneusement conçu illustre le monde intérieur-extérieur de l’illusion et de la dissolution du réel. Dans le mystère et la profondeur de la vie, on cherche la brebis insomniaque de l’existence (métaphore de la nature fondamentale).

Postface – L’identité comme appartenance : Meiping est très sensible et intuitive, curieuse du monde, passionnée par l’exploration de nouveaux arts, dotée d’un regard acéré et d’une capacité claire d’analyse et de perspicacité des choses. Avec l’identité postmoderne comme sentiment d’appartenance, et sous la conscience locale de la mondialisation, elle utilise la culture comme mémoire, objet, contexte et langue, trouvant dans son travail un ancrage entre rétrospection et prospective. Elle dit : « Mes œuvres concernent l’“ancrage”. Elles interrogent le manque “intérieur” – la maison de l’espace » (Note 8). Ses œuvres possèdent une qualité féminine unique : intuition, sensibilité, délicatesse, sincérité, patience, tolérance, humanité, concentration et observation minutieuse. Elles relèvent d’une perspective féminine mais transcendent le cadre du féminisme, concernant la conscience de l’existence humaine. Son art est imprégné de structures de pensée délicates et d’une poésie dense, riche en émotions, froid, tranchant, et doté d’une puissance critique rationnelle transparente. À travers le récit des relations de l’existence, dans les domaines individuel et collectif, matériel et spirituel, média et conscience, concret et abstrait, temps et espace, récit et concept, psychologique et physique, philosophie et religion, anthropologie et sociologie, connu-inconnu et inconnaissable, dans des volumes magiques, elle explore la conscience et la nature de l’existence.

Notes : 1 : Déclaration d’intention créative de Liang Meiping. 2 : Catalogue Piero Manzoni, Musée municipal d’art moderne de Paris, édition 1991, pp. 15-16. 3 : La réalité comme art, Antoni Tàpies, galerie Daniel Lelong, Paris, édition 1972, p. 184. 4 : Ethnies autonomes – Dix nouvelles artistes visuelles féminines hongkongaises, texte de Wen Jiehua, Zhonghua Book Company, Hong Kong, p. 37. 5 : Abandonner l’opposition, rencontrer la joie intérieure, Richard Rohr, traduit par Wang Shumei, éditions Qishi, 2013. 6 : Déclaration d’intention créative de Liang Meiping. 7 : E-mail de Liang Meiping à l’auteur, 2008. 8 : Ethnies autonomes – Dix nouvelles artistes visuelles féminines hongkongaises, texte de Wen Jiehua, Zhonghua Book Company, Hong Kong, p. 46.