Paris : encore des expositions
L'une des scènes de l'exposition « Sculpture dans l'image » au Centre Pompidou.

Je suis curieux, d’une curiosité à toute épreuve, une curiosité pour le présent qui m’engage directement dans la névrose contemporaine ; comprendre exige une immersion physique dans l’espace de l’exposition, être face à face avec les œuvres et agir dans ce champ pour en percevoir l’atmosphère, tout en abordant les pièces sous divers angles sans jamais se lassera s’y intégrer. C’est bien différent de rester assis devant un ordinateur à collecter des images et des documents ; les images ont leurs limites, elles ne sont qu’un premier pas vers la connaissance, incapable d’en saisir la véritable saveur. Regarder des photos d’expositions d’art, c’est comme consulter un livre de recettes quand on a faim : cela remplit virtuellement l’estomac, procure un plaisir immédiat et satisfait la curiosité du spectateur, mais les images ne constituent pas la totalité de l’expérience ; elles deviennent de simples fragments cognitifs, ouvrant la porte au savoir et servant de préliminaire à l’entrée dans l’espace des œuvres.
Voir est un grand plaisir, mais il faut être sur place pour approcher la réalité des œuvres, les avoir sous les yeux, face à face, ouvrir les yeux, embrasser l’espace du lieu jusqu’à s’y perdre, entrer dans l’œuvre et en discerner les mystères de l’existence. Voir est une chose, réfléchir en est une autre ; voir purement, vivre d’abord l’instant présent de l’œuvre, ne contredit pas la compréhension, et cette interaction permet d’approfondir l’immersion avant d’investir le domaine du savoir, générant ainsi textes et créations qui résonnent avec les œuvres et tentent d’explorer les intentions et l’état d’esprit des artistes.
Chaque retour à Paris se traduit par des visites d’expositions intensives, toujours des expositions, que ce soit au Palais de Tokyo, au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, au Centre Pompidou, au Grand Palais, au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou (CNAC), aux fondations ou dans les galeries ; il est vrai que Paris offre des expositions innombrables. Curieux et passionné, je m’active sans relâche pour voir autant que possible, commençant souvent par les galeries dont les expositions sont plus courtes, tandis que les musées offrent des durées plus longues, reflétant leur fonctionnement propre. Cette année peut être qualifiée d’année de l’Op Art : le Grand Palais présente une grande exposition intitulée « Dynamo » couvrant 1913-2013, le Centre Pompidou expose Jesus Rafael Soto (1923-2005), figure majeure de l’Op Art, et le Palais de Tokyo consacre une rétrospective à Julio Le Parc, autre grand Sud-Américain de l’Op Art, événement salué également par une exposition spéciale « Light Show » répondant à l’Op Art à la galerie Edward de Londres. Cette profusion de perceptions visuelles, j’ai eu la chance de vivre in situ ces quatre expositions ; cette expérience visuelle est difficile à imaginer, offrant une compréhension plus profonde de l’Op Art. Je pense souvent que l’art est plus vaste et plus extraordinaire que l’histoire de l’art.
Le Centre Pompidou est aussi une voie de pèlerinage artistique : la galerie sud lance une nouvelle exposition sur la sculpture contemporaine, « Sculpture dans l'image », tandis que Mike Kelley (1954-2012), récemment décédé aux États-Unis, bénéficie de sa première rétrospective européenne. La grande salle du sixième étage accueille la rétrospective du célèbre designer Elleen Gray. Au nord de Paris, Le Plateau propose « Paint it Black » en noir et blanc, et la Fondation Cartier expose Ron Mueck, artiste australo-britannique connu pour ses sculptures hyperréalistes dramatiques.
En parcourant les galeries, je remarque rarement des artistes contemporains français ; est-ce un phénomène globalisé ou un déclin de l’art français ? La question semble évidente : l’art contemporain français souffre probablement d’une institutionnalisation excessive. Parmi les expositions notables : Gianni Motti, « Moneybox », installation occupant tout l’espace autour d’un billet de dollar américain ; Jesper Just, vidéo-art sensible ; Ivan Navarro, installations néon aux effets visuels saisissants ; Giuseppe Penone, « Un corps de jardin », sculptures monumentales de formes naturelles ; Tony Cragg, nouvelles œuvres « Accurate figure » ; Joan Jonas, « Reanimation », installation vidéo ; Allan McCollum, « The shapes project », objets et images ; Matthias Bitzer, « Anato/echo », installation d’objets. Les « Rare and important works from a private collection » de Louise Bourgeois révèlent des œuvres inédites impressionnantes. Jan Fabre présente « Gisante - Hommage à E.C Crosby et K.Z Lorenz », sculpture macabre ; Haegue Yang, « Ovals and circles », installation d’objets et d’espace ; Barthelemy Toguo, « Hidden faces », peintures violentes et installations ; Steven Parrino, installations de peintures noires. Visiter les expositions devient mon sport parisien alternatif ; chaque visite dure environ demi-journée, permettant de savourer chaque galerie, de photographier les archives et de revenir enrichi, élargissant mes horizons et grandissant dans l’art.