2010 海市幻宇 作品編號 A-0183
Illusions urbaines, numéro d'œuvre A-0183, dimensions variables selon l'espace, 2010, photographie
2010 海市幻宇 作品編號 C-0374
Illusions urbaines, numéro d'œuvre C-0374, dimensions variables selon l'espace, 2010, photographie
2010 海市幻宇 作品編號 D-0687
Illusions urbaines, numéro d'œuvre D-0687, dimensions variables selon l'espace, 2010, photographie
2010 海市幻宇 作品編號 G-0922 2010
Illusions urbaines, numéro d'œuvre G-0922, dimensions variables selon l'espace, 2010, photographie
2011 個展 蜃遊完形記個展 作品編號 E 2480-84 2010
Chronique des voyages mirages, numéro d'œuvre E 2480-84, 2011
2011 個展 蜃遊完形記個展 作品編號 C 1478-80 2010
Chronique des voyages mirages, numéro d'œuvre C 1478-80, 513 cm, 2011
2011-2 個展 作品編號 C 3016-20 華梵 山海經緯線2011 個展
Méridiens et parallèles de la montagne et de la mer, numéro d'œuvre C 3016-20, 574 cm, 2011
2011-2 個展 作品編號 Vb 3331-35 華梵 山海經緯線 個展2011
Méridiens et parallèles de la montagne et de la mer, numéro d'œuvre Vb 3331-35, 395 cm, 2011
2011-2 山海經緯線 作品編號 Xi1 4341-47 2011
Méridiens et parallèles de la montagne et de la mer, numéro d'œuvre Xi1 4341-47, 2011
022 視不視海市 作品編號 023-29, 326x239cm
Voir ce qui n'est pas vu : illusions urbaines, numéro d'œuvre 023-29, 326x239 cm, 2013
2013 視不視海市 作品編號 6540 6586 319x243cm 2013
Voir ce qui n'est pas vu : illusions urbaines, numéro d'œuvre 6540 6586, 319x243 cm, 2013, photographie et installation spatiale
2013 視不視海市 作品編號 6740-45 407x235 cm 2013
Voir ce qui n'est pas vu : illusions urbaines, numéro d'œuvre 6740-45, 407x235 cm, 2013

« ― Je suis tel un compositeur concevant un projet ―

― Je suis tel un interprète mettant en œuvre ce projet ― »

Ren Yang (note 1)

Par Chen Chi-Hsiang

Préface : À chaque époque, l’humanité, quelles que soient ses conditions et son environnement d’existence, explore les possibilités de son présent. Pour améliorer la vie et assurer la pérennité, la créativité est omniprésente ; elle devient le moteur de la civilisation. Ainsi, de nouveaux vocabulaires, images, concepts et visages apparaissent avec l’évolution des temps. Toute créativité et conscience innovante correspondent à l’espace-temps, dialoguent avec la culture et l’existence, et participent à la co-construction de la civilisation humaine. Arthur C. Danto affirmait : « Tous les artistes sont contemporains ; ils ne diffèrent dans le temps que par rapport à ce qui n’a rien à voir avec l’art » (note 2).

À l’ère de l’image numérique, chacun possède un appareil, on photographie partout et à tout moment. Les images, devenues banales, voient leur technologie s’étendre grâce à l’amélioration constante des pixels des appareils photo et des téléphones mobiles, élargissant ainsi les horizons créatifs et l’imagination, et modifiant notre façon de voir le monde. La révolution numérique, conjuguée au développement récent des techniques de post-production (comme les montages Photoshop), offre de nouvelles opportunités et possibilités créatives à l’art contemporain, devenant un outil de documentation et d’expression du quotidien. L’art de l’image actuel est le résultat de ces nouvelles technologies ; il se divise en images dynamiques (vidéo) et images statiques (photographie).

Une errance spirituelle moderne entre ciel et terre : Le mystère de l’existence est merveilleux et incroyable. L’homme aime rêvasser ou voyager en esprit, libérant son âme et sa conscience quotidienne des contraintes physiques et spatio-temporelles, pour errer avec aisance dans des contextes et lieux extraordinaires. Nous nous laissons porter par ce que nous voyons — objets, paysages, images, idées et pensées — vers des mondes fantastiques. Parfois, le cadre suscite l’émotion, nous plongeant dans une transe où nous traversons les tunnels du temps pour pénétrer dans des mondes inaccessibles, allant et venant entre passé, futur, Orient et Occident, explorant l’inconnu. Comme le pensait Jung : « La puissance incroyable manifestée par l’inconscient collectif peut traverser les tunnels historiques du temps, briser les barrières géographiques et culturelles, s’élever comme un oiseau dans le ciel, ou nager librement comme un poisson dans la mer » (note 3).

Avec sa série Mirages urbains, Lu Renyang traverse montagnes et mers, ouvrant un espace de rêverie et de voyage spirituel. Lors de son exposition personnelle de 2010, il intitule cette proposition : Mirages urbains — Un vaste voyage spirituel moderne. Dans un espace profond, vaste et silencieux, riche en atmosphère, sensibilité artistique et imagination, il tente de redéfinir, sous un angle moderne, le concept ancien du « voyage spirituel ». Grâce à l’objectif et aux technologies numériques simples, il ne se contente pas que le miroir dépasse le pinceau, mais cherche à ce que le miroir atteigne lui-même un état de fusion (note 4).

Lu Renyang, l’explorateur qui façonne le « paysage » par la « forme » : Né à Taipei en 1959, Ren Yang est un explorateur taïwanais qui façonne le « paysage » par la « forme ». Il est l’un des premiers artistes taïwanais à utiliser la photographie comme médium (dès 1987). Ses recherches image ont une nature expérimentale marquée. Le critique américain Youngblood écrivait : « Tout art est expérimental, sinon ce n’est pas de l’art » (note 5). Dans les années 80, alors qu’une tempête de sentimentalisme néo-expressionniste balayait la scène, il a mené ses investigations avec rationalité, rigueur et un esprit moderniste géométrique. En 1988, il part étudier à Paris. Fidèle à sa quête, il poursuit l’étude de la « forme » : mémoire de maîtrise sur l’interférence entre vide et réel, cours préparatoire doctoral sur la renaissance formelle après des structures répétitives géométriques, thèse doctorale sur la fusion des formes — concernant la répétition des images potentielles et réelles. Dès les années 90, fasciné par la musique classique (la compréhension de la fugue), il croise les domaines de l’architecture et de la musique, approfondissant la recherche des diverses possibilités de fusion des formes.

Le cœur de l’exploration : « La fusion des formes » : Le noyau de la recherche de Ren Yang est le « prototype » et la « fusion des formes ». Entièrement concentré sur la création et la réflexion plastiques, il façonne continuellement le « paysage » par la « forme », explorant la « fusion des formes ». Tel un compositeur concevant ou un interprète exécutant via le rythme, il réalise, à travers la pratique matérielle de la forme, des fusions homogènes, hétérogènes, mixtes et composites. De la rationalité, la rigueur, la géométrie et le lyrisme, il explore les images potentielles et réelles liées à la répétition géométrique, construisant un nouveau vocabulaire systématique et unique. Il en déduit une beauté idéale de forme basée sur l’« ordre » et la « loi », cherchant à y trouver un « classique ». L’artiste déclare : « Dans ma création, je cherche et résume également certaines règles et lois. Elles doivent posséder non seulement un langage et des propositions artistiques personnels et uniques, mais aussi servir de consensus esthétique et de connivence spirituelle entre les êtres humains » (note 6).

Un vocabulaire artistique numérisé : L’outil détermine la forme du vocabulaire artistique. À l’ère de la révolution numérique et du perfectionnement des techniques de post-production, la création artistique contemporaine a changé. La création photographique de Ren Yang suit deux processus. D’abord, il utilise des appareils photo traditionnels 135, du film négatif et des diapositives. Depuis sa série de photos de 1987, il explore les possibilités de la « forme » à travers la sculpture et la lumière, notamment dans les séries Vide semblable à la forme et Fugue monochrome. Par une logique structurelle ordonnée et symétrique consistant à développer simultanément les négatifs et positifs, il explore les combinaisons possibles de la « forme » et découvre un nouveau vocabulaire « naturel et harmonieux ».

En 2009, par nécessité créative, Ren Yang remplace l’appareil traditionnel par un boîtier numérique plein format 5DII, soutenu par les technologies de post-production. Il compose librement des synthèses totales, intégrant les formes géométriques minimalistes du « prototype » imagé dans des paysages naturels grandioses de montagnes et de mers, créant des images d’une apparence naturelle. La réflexion des miroirs fusionne pour créer de nouvelles formes, poétiques et pittoresques, constituant des illusions vides ou des mirages trompeurs. L’artiste explique : « Outre l’adaptation naturelle, les outils de création choisis visent à établir des liens et des dialogues avec certaines valeurs traditionnelles passées grâce à l’ouverture d’un nouveau vocabulaire et de nouvelles méthodes, tentant de revitaliser et régénérer l’expérience visuelle et son contenu » (note 7).

Le corps central de l’œuvre : « Le prototype » : Le « prototype » est le corps central des œuvres de Ren Yang. Son processus de création commence par la fabrication de divers prototypes géométriques tridimensionnels, puis la prise de vue de la « fusion des formes » selon l’angle de la lumière. Il s’agit de formes géométriques de base : triangles, carrés, rectangles, ovales et doubles croix, aux formes minimalistes, architecturales et designées, pleines de connotations et de signes modernes. Dans la série Vide semblable à la forme, les prototypes de l’époque étaient constitués par la lumière et l’ombre ; les multiples variations de position de la forme en étaient le thème. Récemment, les prototypes fusionnent avec les miroirs, la forme devenant le corps central et l’âme du paysage. L’artiste estime : « Le prototype se divise en deux : “Prototype visible” — corps géométriques tridimensionnels soumis à des conversions spatiales (formes avec illusion de perspective, placés sur des miroirs pour réflexion et fusion). “Prototype invisible” — modèles mentaux universels : 1. Une aspiration au voyage spirituel ; 2. Chaque regard est une lecture » (note 8).

La signification et la référence des titres : Ren Yang numérote individuellement toutes les œuvres hors des titres de série. Chaque grand titre indique la signification et la référence de la série, tandis que les œuvres individuelles numérotées (note 9) relègent de l’intuition libre ou d’une imagination ouverte. Vide semblable à la forme et Fugue monochrome sont des séries monochromes, servant purement à explorer un vocabulaire abstrait métaphysique. Elles sont liées au thème, à la répétition et à l’imitation. Systématisées, elles possèdent une rythmicité et une structure formelle, co-construites entre lumière et ombre, vide et réel, ordre et loi, vision et audition, rationalité et sensibilité, temps et espace, géométrie et mathématiques, produisant une esthétique idéale de musicalité lyrique. Kandinsky écrivait : « Les grandes œuvres des arts plastiques sont des compositions symphoniques musicales » (note 10).

Les séries Mirages urbains, Chroniques de complétion des mirages, Lignes de latitude et de longitude des montagnes et mers et Voir / Ne pas voir les mirages intègrent le vocabulaire formel géométrique imagé dans les lignes de côte des montagnes et mers, ainsi que dans le vaste ciel bleu maritime. Elles pénètrent dans le contexte géographique et le champ territorial localisés (environnement et climat, en particulier les vastes zones maritimes majestueuses de Taïwan, la côte nord-est et la côte est comparables à la Côte d’Azur française, ainsi que les îles éloignées de Lanyu et les eaux extérieures de Penghu), tentant d’entrer dans la grande réalité de l’esprit local de l’île. Au sein de l’unité couleur entre montagnes, mers et ciel, le corps central — la forme géométrique — se transforme miraculeusement en mirage ou univers illusoire, faisant référence à la transformation floue et mystérieuse de l’univers, et métaphorisant l’incroyabilité de l’existence. Entre nature et humanité, rationalité et sensibilité, lyrisme et conscience, visible et invisible, fantaisie et perception, elles expriment l’état d’esprit du créateur, révélant une ampleur et une beauté grandioses.

La série Vide semblable à la forme, naturellement harmonieuse : La série Vide semblable à la forme (2008) est la première œuvre de Ren Yang après son retour de France, apportant une nouvelle pensée et de nouveaux points de vue académiques, ouvrant un nouveau type de création expérimentale. La fusion des formes est le sujet de recherche artistique de Ren Yang depuis plus de vingt ans, et constitue le titre principal de sa thèse doctorale à l’Université Paris I. Cette série entretient une relation similaire avec le thème, la répétition et l’imitation, soulignant l’interaction entre la lumière (vide) et la sculpture (forme), créant un nouveau vocabulaire plastique par la fusion et l’intégration des formes.

Le processus de création de cette série est particulier : on fabrique d’abord des « moules », puis on construit la prise de vue sous divers angles lumineux, la photographie devenant un élément de construction de l’œuvre. Les matériaux de la série proviennent d’éléments anciens chargés d’images quotidiennes : portes, fenêtres, escaliers et poignées. Disposés de manière ordonnée et symétrique haut-bas-gauche-droite, ils constituent un nouveau vocabulaire plastique visuel rythmique et structurel, réinterprétant la forme et offrant de nouvelles perspectives. Par exemple, l’œuvre numérotée HM-A002-2 (2008) est sa première œuvre Vide semblable à la forme de 1987, sélectionnée pour la Biennale de Taipei New Perspectives de cette année-là. La sculpture en style fenêtre, combinée à la même photographie sous quatre angles (haut, bas, gauche, droite), peut être répétée indéfiniment selon l’espace, avec une nature aléatoire, locale, contextuelle et intentionnelle. Les images semblent être des pions vivants que l’artiste peut manipuler, leur conférant continuellement de nouveaux sens formels. L’œuvre HM-A004-2 représente la construction d’une porte, une seule photographie montrant la porte ouverte puis fermée, disposée précisément de gauche à droite, intérieur/extérieur, comme si la porte s’ouvrait et se fermait, posant la question : mouvement et immobilité ? Ou les deux en mouvement ? Cette double relation (note 11).

La série Fugue monochrome entre vision et audition : La série Fugue monochrome (2009) est issue de l’évolution de Vide semblable à la forme. Ces deux séries partagent des signes communs liés au thème, à la répétition et à l’imitation. La fugue vient de la musique et est liée à la répétition ; ses trois éléments constitutifs sont : thème, imitation, répétition. La fugue est une forme rythmique et structurelle, considérée comme la forme musicale la plus parfaite. Ce projet de Fugue monochrome prolonge une autre recherche de Ren Yang, Double fugue, commencée lors de ses études préparatoires doctorales à Paris I.

L’évolution de la « fugue » a toujours été liée à la « répétition », mais sa véritable forme structurelle s’est achevée au sommet de la carrière musicale de Bach. Aucune autre forme musicale ne peut égaler sa perfection. Comme le dit K. Hermann dans son livre sur le Clavier bien tempéré de Bach : « La fugue est la forme compositionnelle de contrepoint la plus complexe et rigoureuse de la musique polyphonique, mais c’est aussi la forme la plus libre » (note 12). La fugue est née d’une rencontre fortuite de Ren Yang pendant son séjour en France ; au début des années 90, il s’est passionné pour la musique classique. Il a ensuite découvert que la structure de contrepoint de la fugue dans la composition partageait de nombreuses intersections avec ses propres méthodes de création. Il a écrit sur la création de Fugue monochrome : « Je suis tel un compositeur concevant ce projet, je suis tel un interprète mettant en œuvre ce projet » (note 13).

La série Fugue monochrome se divise en deux grands axes. Des photographies de formes noir et blanc, telles des notes de musique, deviennent des éléments de recréation. Premièrement, elles peuvent être disposées aléatoirement pour former des œuvres indépendantes : à partir de n’importe quelle photo originale, le développement simultané des faces avant et arrière crée plusieurs combinaisons similaires à l’« imitation » de la contrepoint musical. Grâce à diverses compositions, on explore la structure et les formes changeantes fascinantes de la fugue, co-construites sous le mouvement rythmique de l’« ordre » et de la « loi ». Kandinsky écrivait : « Le monde intérieur possède son harmonie intérieure, répondant à ses propres besoins et à son propre processus de configuration » (note 14).

Deuxièmement, on explore les possibilités de la fugue dans les arts plastiques via des logiciels de lecture d’images, produisant des boucles de répétition continue. Des photos initialement indépendantes acquièrent ainsi une dynamique musicale liée. Koolhaas déclarait : « Je tâtonne encore ; je souhaite explorer quelque chose entre le visuel et l’auditif. J’espère composer des fugues avec la couleur, comme Bach composait de la musique » (note 15). Ren Yang tente, à travers la série Fugue monochrome entre vision et audition, d’engager une dialogue fugue avec quelques maîtres de l’histoire de l’art moderne (Klee, Koolhaas, Kandinsky, Delaunay).

La série Mirages urbains errant entre ciel et terre : La série Mirages urbains (2010) est une nouvelle étape jalon dans la création de Lu Renyang, concrétisant une pratique localisée. Elle pénètre dans le contexte géographique et le champ territorial localisés de l’île (Taïwan), dépassant l’exploration de Vide semblable à la forme pour entrer dans le monde universel grandiose de la nature. Grâce à de nouveaux outils (appareil numérique plein format 5DII) et à de nouvelles technologies d’image, de nouveaux horizons sont offerts. Traversant montagnes et mers, on erre entre ciel et terre dans un contexte de vaste voyage spirituel moderne. La série Mirages urbains tire son inspiration du voyage dans le sud de la France durant ses études à Paris, face à la Côte d’Azur bleue. Après son retour, un collègue l’a aidé à réaliser la première œuvre Mirages urbains.

La série Mirages urbains, vaste, possède une vision macrocosmique et la grande réalité de l’esprit local. Prenant pour décor les paysages maritimes, estuaires ou juxtaposant montagnes et mers de Taïwan, elle intègre les formes géométriques tridimensionnelles imagées (certaines avec illusion de perspective) dans le ciel marin et les montagnes, cherchant à dégager un contexte grandiose et à explorer un nouveau domaine esthétique de synthèse numérique. Il a créé plusieurs vocabulaires géométriques miroitants uniques comme les rectangles, triangles, longs rectangles et arcs, les intégrant ingénieusement aux paysages marins pour construire les illusions floues des Mirages urbains, poétiques et inspirant la rêverie. La « fusion des formes », par le hasard et la coïncidence, peut faire éclater surprises et étonnements. Certains paysages apparemment ordinaires cachent en réalité beaucoup d’imagination et de possibilités, comme la subtilité et le contexte de la forme (long rectangle en perspective) dans différents espaces scéniques : les numéros D-0078, D-0687, E-0365, E-0924, E-0644 en sont exemples. Ou encore la série des miroirs arqués en perspective devenant ovales : G-0922, G-0188, G-0688 (la comparaison des images le montre clairement). L’artiste écrit : « Dans la série Mirages urbains, il s’agit d’un voyage transitoire d’ici là ; c’est dans cet esprit que se joue mon aller-retour. Plus nombreuses sont les insights, comme lorsqu’on fait face à la vastitude de la mer, on ressent et reçoit naturellement » (note 16).

Les séries Chroniques de complétion des mirages et Lignes de latitude et de longitude des montagnes et mers (note 17) à la vision panoramique : Les séries Chroniques de complétion des mirages (2010) et Lignes de latitude et de longitude des montagnes et mers (2011) prolongent l’exploration de Mirages urbains. Toutes deux présentent des paysages de ciel marin, estuaires ou montagnes et mers juxtaposées, se libérant des œuvres uniques de Mirages urbains pour devenir des installations en série à vision panoramique. Les deux séries, ayant des approches différentes mais aboutissant au même résultat, jouent une symphonie grandiose, vaste et majestueuse du ciel marin et des montagnes, engageant une série de dialogues avec les paysages naturels locaux de Taïwan. Ren Yang explique : « Depuis longtemps, j’ai gardé l’habitude de côtoyer constamment les montagnes et les eaux. Cette série d’œuvres est présentée sous forme de séquences. Je tente, à travers l’extension horizontale des montagnes et mers, et le développement progressif ou décroissant de structures en escalier, que les vides entre les photos ne soient pas seulement des connexions visuelles, mais une extension du fini à l’infini, formant un développement tissé comme des lignes de latitude et de longitude entre moi et les lieux parcourus, entre l’œuvre et le paysage originel, voire avec l’univers entier, s’enroulant et s’élargissant sans fin, explorant le texte des montagnes et des eaux » (note 18).

Ces deux séries mettent en valeur les paysages naturels enchanteurs des montagnes et mers par temps clair, illustrant l’environnement géographique naturel de Taïwan. Le vocabulaire géométrique recule devant les paysages panoramiques radieux, construisant une tension énigmatique et un espace d’imagination infini. La série Mirages est pleine de multiples arrangements musicaux ; le plus remarquable est la structure en éventail traversant l’horizon, comme les numéros C1478-80 (2010) et E2480-84. La série Montagnes et mers révèle la beauté des chaînes montagneuses continues et des lits de rivière de l’île, présentant les ondulations des montagnes par des constructions en escalier symboliques : P-2470-76, V6 3331-35, Xi1 4341-47. La structure et les paysages de ces deux séries ont une homogénéité et une analogie rythmique. Qu’il s’agisse d’une disposition diagonale ou de structures fines déployées, elles prennent toutes la ligne d’horizon comme référence, ciel et mer d’une seule couleur, démontrant l’immensité sans bornes de l’océan. Parmi celles-ci, les numéros C1478-80 (Chroniques) et C3016-20 (Lignes) représentent tous deux la célèbre vue de l’île Guishan sur la côte est. La première est en couleurs sous un soleil radieux, la seconde en tons clairs par temps nuageux. Des dispositions différentes forment des visions et perceptions distinctes ; il est évident que l’identique n’est pas nécessairement le même. Ren Yang dit : « Les paysages charmants de la côte est de Taïwan sont gravés dans mon cœur ; je pense qu’il vaut la peine de les revisiter souvent. Outre en apprécier les mille visages, je crois qu’y être fréquemment proche peut influencer subtilement le caractère vaste de l’océan » (note 19).

Les Mirages irréels et éthérés : Voir / Ne pas voir les mirages (2013) est une nouvelle étape jalon dans la création de Ren Yang, approfondissant Mirages urbains et étendant les installations en série à vision panoramique, ouvrant de nouveaux horizons et scènes pour la nouvelle plasticité de l’art de l’image. Sous la vision à pleine échelle de ciel et mer ouverts, les prototypes géométriques continuent de jouer un rôle de transformation floue, errant avec aisance entre les mirages visibles et invisibles. Mirages ? Illusions ? Lu Renyang continue de voyager en esprit dans des situations irréelles et vastes romantiques.

Cette série utilise une nouvelle vision comme toile de fond. Sous de grandes structures formelles, comme les numéros 6540 et 6586 : une vue marine bleue en structure pyramidale, les photos étant disposées du (bas) grand au (haut) petit, descendant progressivement du sommet, créant une illusion de perspective. La ligne d’horizon bleue disparaît au point le plus éloigné en haut, appelant de loin près. Les prototypes géométriques, entre ciel et horizon, entre voir et ne pas voir, plongent le spectateur dans un bleu immense et sans limites, suscitant une imagination infinie. Le numéro 023-29 présente un arrangement de douze photos de rectangles creux ciel-mer d’une seule couleur. Le numéro 6740-45 est composé de huit photos en éventail déployé formant un vaste scénario ciel-mer, construisant un rythme de demi-cercles intérieurs et extérieurs. Toutes explorent le sens du « blanc laissé » et les associations spatiales. Le blanc laisse place à la « complétion », conduisant à un nouveau concept — chercher la position intermédiaire spécifique dans la « complétion ». La « complétion » signifie que « l’existence globale précède la partie, et que le tout est toujours plus grand et différent de la somme des parties » (note 20).

La métaphore des mirages : Mirages urbains, Chroniques de complétion des mirages, Lignes de latitude et de longitude des montagnes et mers et Voir / Ne pas voir les mirages font toutes référence aux mirages (mirage, communément appelé château d’eau ou mirage maritime). Le mirage désigne ces choses flottantes, éthérées, accessibles à la vue mais inaccessibles, éphémères et transformatrices. Hai shi (mirage maritime) signifie aussi les châteaux dans les airs, irréels et insuffisants pour s’y fier. Le mirage maritime a toujours été chargé de nombreuses couleurs mystérieuses, offrant un état poétique et onirique, ainsi qu’un espace d’imagination débridée. Scientifiquement, le « mirage » est une image spéciale reflétée sur la mer, résultant de la réflexion de la lumière des objets terrestres, de certaines conditions météorologiques à un moment précis, et des conditions physiques de densité variable de l’air. Les mirages maritimes tourbillonnants sont des contextes flous et des champs mystérieux, phénomènes éthérés entre voir et ne pas voir. Le mirage fait référence à des choses illusoires et peu fiables, pouvant être dite « Le ciel est toujours en mouvement, toutes les dharmas sont impermanentes », ou métaphorisant l’illusion et la destruction de la vie, comme « fleurs dans le miroir, lune dans l’eau ».

Note 1 : De l’exposition personnelle Fugue monochrome à mes recherches créatives, blogue, 28/12/2009. Note 2 : Résumé succinct des créations de Lu Renyang, blogue. Note 3 : Mirages urbains — Un vaste voyage spirituel moderne, blogue, 25/12/2010. Note 4 : Mirages urbains — Un vaste voyage spirituel moderne, blogue, 25/12/2010. Note 5 : Art des nouveaux médias, par Michael Rush, éd. Thames & Hudson, 2002, p. 7. Note 6 : Guide des œuvres d’installation plane de l’exposition personnelle Vide semblable à la forme de 2009, blogue. Note 7 : Mirages urbains — Un vaste voyage spirituel moderne, blogue, 25/12/2010. Note 8 : Esquisse du guide de l’exposition personnelle Voir / Ne pas voir les mirages de Lu Renyang, 2013, blogue. Note 9 : Le codage individuel est celui que l’artiste a établi selon les enregistrements de l’appareil photo à ce moment-là, issu d’un e-mail du 13/02/2014. Note 10 : Carte explicative des œuvres de Kandinsky au Musée national d’art moderne du Centre Pompidou. Note 11 : Guide des œuvres d’installation plane de l’exposition personnelle Vide semblable à la forme de Lu Renyang de 2009. Note 12 : De l’exposition personnelle Fugue monochrome à mes recherches créatives, blogue, 28/12/2009. Note 13 : De l’exposition personnelle Fugue monochrome à mes recherches créatives, blogue, 28/12/2009. Note 14 : La spiritualité dans l’art, par Kandinsky, traduit par Wu Mali, éd. Artiste, 1985. Note 15 : Carte explicative des œuvres de Koolhaas au Musée national d’art moderne du Centre Pompidou. Note 16 : Postface de Mirages urbains — Un vaste voyage spirituel moderne, blogue, 25/12/2010. Note 17 : Concernant la série Lignes de latitude et de longitude des montagnes et mers, je fais référence à la ligne d’horizon ou de blanc laissé des œuvres, s’étendant jusqu’à s’harmoniser avec les lignes de latitude et de longitude de la Terre (lignes verticales et parallèles). Comme elle s’étend à l’infini, il y a une conversion spatiale aller-retour. De plus, j’ai mentionné dans l’invitation et l’article que cette série explore également la question du texte des montagnes et des eaux ; elle n’a donc aucun lien avec l’ancien texte chinois Classique des Montagnes et des Mers. Issu d’un e-mail du 13/02/2014. Note 18 : Concernant Lignes de latitude et de longitude des montagnes et mers, exposition personnelle de Lu Ren Yang, blogue, 11/12/2011. Note 19 : Œuvres en cours de la série Mirages urbains, blogue, 30/09/2010. Note 20 : Esquisse du guide de l’exposition personnelle Voir / Ne pas voir les mirages de Lu Ren Yang, 2013, blogue.

Février 2014, à Chiayi