Affiches de rue de l’élection présidentielle française de 2007 : (en haut à gauche) la candidate du Parti socialiste, Ségolène Royal. (en haut à droite) le candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy. (en bas à gauche) François Bayrou, centre UDF. (en bas à droite) Jean-Marie Le Pen, Front national d’extrême droite. L’élection présidentielle entre dans sa dernière semaine ; tous les candidats lancent leur sprint final, enchaînant sans relâche les prises de position et les interviews médiatiques. Les visions politiques et sociales des bords droit et gauche diffèrent nettement : le camp droit privilégie le libéralisme, tandis que le camp gauche emprunte la voie socialiste. Dans un contexte traditionnel d’alternance entre ces deux pôles, le centre émerge ici de manière originale, dominant sur fond de « cohabitation » (comme c’est le cas en Allemagne), ce qui semble épouser les tendances de la mondialisation politique actuelle. Tout dépendra alors de la vision et des souhaits des électeurs français, qui influenceront profondément le programme des cinq prochaines années.

Aucune élection française n’a connu une telle incertitude ; avec le scrutin prévu la semaine suivante, près de 47 % des électeurs restent indécis. Cette campagne est particulière : les grands candidats adoptent des stratégies populaires pour gagner en influence. Les discours politiques oscillent difficilement, frôlant parfois l’extrême droite. Ainsi, Nicolas Sarkozy (UMP) affirme que parler de l’identité nationale française n’est pas tabou, mais cela ressemble plus à un mythe qu’à une réalité, s’insérant clairement dans l’espace du Front national de Jean-Marie Le Pen pour capter ses voix. Par ailleurs, Sarkozy cite régulièrement l’idéal socialiste de Jean Jaurès pour séduire les électeurs de gauche, créant un espace d’interprétation par ces contradictions stratégiques visant à bâtir son territoire électoral. Ces discours calculés sont devenus indispensables à sa stratégie.

Du côté du Parti socialiste, Ségolène Royal affronte un environnement marqué par le machisme et une tradition sociale plutôt conservatrice. En tant que femme candidate, elle a eu du mal à se faire entendre. Plutôt que de chercher à la ridiculiser, les observateurs ont vu cette candidate brillante se montrer de plus en plus combativa. Indépendante, elle propose un réalisme politique déconnecté des dogmes traditionnels de gauche, subissant les attaques de la droite tout en étant critiquée par sa propre gauche. Malgré ces épreuves, son leadership s’affirme incontestablement. Elle a toutefois commis quelques erreurs, comme lors de sa réponse sur l’identité nationale où elle a brandi le drapeau et chanté la Marseillaise, incidents devenus de simples intermèdes dramatiques dans cette campagne.

Le Front national (FN) d’extrême droite se présente comme une droite traditionnelle modérée, masquant son image discriminatoire. Après les émeutes de la Gare du Nord, Jean-Marie Le Pen a su canaliser l’inquiétude des Français face à l’avenir et au mécontentement politique, récupérant aussi une partie du soutien de la droite traditionnelle. Conscient que Nicolas Sarkozy empiète sur son terrain, Le Pen comprend que pour remporter le premier tour, il doit reconquérir la légitimité de la droite traditionnelle et extrême. Lors de cette dernière semaine cruciale, il lance une offensive violente contre Sarkozy, utilisant un langage xénophobe sans fard. Il accuse Sarkozy de ne pas être un « vrai » Français, critique sa gestion désordonnée, demande l’abolition de la naissance automatique de la nationalité française, le contrôle des frontières et le retour du franc face à l’euro, accusant l’UE de coloniser la France. Est-ce une erreur ? Difficile à dire, car cela correspond à une logique prioritaire pour les Français et à la vision extrême-droitière. Dans une interview de vingt minutes, il n’exclut pas une alliance avec Sarkozy, suggérant que le FN participerait au gouvernement en cas de crise, laissant planer la possibilité d’un partage du pouvoir opportun.

François Bayrou (UDF), sous le slogan « La force de tous les Français », avance prudemment pour construire une république idéale de cohabitation gauche-droite, séduisant davantage les gauchistes que les droitières. Cette semaine, l’ancien Premier ministre et député européen Michel Rocard appelle publiquement à une alliance entre le Parti socialiste et le centre pour battre Sarkozy. L’ancien ministre de la Santé et fondateur des Médecins Sans Frontières, Bernard Kouchner, rejoint cet appel en proposant une nouvelle ligne social-démocrate (gauche-centriste). Cependant, Ségolène Royal et le président du PS, François Hollande, refusent cette proposition. Bayrou répond qu’après le premier tour, tout deviendra possible dans cette nouvelle configuration. Les contours d’une nouvelle carte politique française se dessinent : la droite traditionnelle pourrait-elle s’allier au FN ? Le Parti socialiste et l’UDF formeraient-ils une nouvelle alliance social-démocrate ? Ce théâtre électoral confus évolue vers une nouvelle dynamique. Dans ce jeu de forces et d’alliances complexes entre les quatre candidats, la nouvelle carte politique future se construit. Qui sera élu ? Le premier tour reste imprévisible, mais lors du second tour décisif, aucune alliance ne garantira la victoire.