Exposition thématique « Artistes et Robots »
Affiche de l'exposition thématique « Artistes et Robots »
















Texte et photos / Chen Chi-Hsiang | Dates : 5 avril au 9 juillet | Lieu : Grand Palais, Paris
« Tant qu'il a l'air d'être quelque chose, il n'est pas nécessaire que ce soit réel. » Premier cycle fondamental d'Isaac Asimov, 1953
Dans l'ère actuelle de bouleversements sans précédent apportés par la numérisation et les technologies liées à l'intelligence artificielle, qui offrent aux humains optimistes des impacts positifs et négatifs inouïs, notre vie, nos perspectives, nos sens et nos conditions d'existence sont radicalement transformées. Avec le développement de la réalité virtuelle, d'Internet numérique, de la 3D et de la robotisation croissante, de nouvelles tendances et défis émergent, dépassant l'imagination humaine. L'art, soucieux de la continuité temporelle, intègre également ces nouveaux médias technologiques comme sujet interdisciplinaire majeur, offrant de nouvelles opportunités pour les jeunes artistes. Ces derniers explorent les possibilités infinies du présent et du futur, interagissant avec le public via le corps, le toucher, le son ou le souffle, modifiant ainsi les œuvres et élargissant leur champ visuel à travers le temps et l'espace. Cela transforme également la forme même des œuvres artistiques (production, exposition, diffusion et protection).
Dès la Renaissance, Léonard de Vinci anticipait la création de machines. Avec la révolution industrielle, celles-ci sont devenues une nouvelle énergie productive, accélérant les réformes économiques et sociales occidentales et façonnant le modernisme. Au XXe siècle, les avancées scientifiques et techniques ont conduit au XXIe siècle, marqué par l'ère numérique et l'intelligence artificielle remplaçant progressivement l'intelligence humaine. De la force physique aux opérations mécaniques, puis à l'automatisation totale, l'évolution technologique a amélioré la vie quotidienne et réduit les distances. Les machines sont devenues indispensables à la vie moderne, influençant directement la création artistique contemporaine, comme en témoignent le mécanicisme cubiste, le futurisme, le constructivisme, les images mécaniques de Picabia et les œuvres cinétiques de Duchamp.
L'exposition « Artistes et Robots » se concentre sur le développement de l'art lié aux machines et à l'IA depuis les années 1950, constituant la première exposition dédiée à la création par les machines. L'art et la littérature ont toujours imaginé des réalités fantastiques ; Mary Shelley créa dès le XIXe siècle un héros scientifique menaçant l'humanité. Le terme « robot » apparut en 1920 dans la pièce de Karel Čapek R.U.R. (Rossum's Universal Robots).
Les artistes ont créé des machines capables de peindre, évoluant vers des robots entièrement contrôlés par ordinateur. Cette tendance naît à la fin des années 1950 avec l'art cinétique. Nicolas Schoffer inventa en 1956 la sculpture cybernétique « Cysp-1 », ouvrant une nouvelle ère. Jean Tinguely créa en 1959 « Meta-Matic », une machine à dessiner automatique préfigurant le robot. Nam June Paik et Shuya Abe conçurent en 1965 « Robot K-456 », tandis que Paik développait l'art vidéo, influençant profondément l'art numérique contemporain.
Cette exposition présente plusieurs artistes novateurs utilisant des machines à dessiner automatiques. Leonel Moura (Portugal) utilise depuis 2001 des robots peignant de manière rythmique. Takahiro & Yamaguchi (Japon) ont créé en 2011 le « Robot dessinateur absurde », une structure verticale traçant des gribouillis. Patrick Tresset (Royaume-Uni) propose en 2017 « Human Painting -2 with the Vanity of the Crow and the Fox », où un bras électronique dessine une nature morte. Arcangelo Saccolino (Italie) expose « Untitled » (2006-2016), une pince mécanique produisant des sons intermittents.
Avec la numérisation, les robots ne sont plus de simples assemblages mécaniques mais des entités pilotées par logiciel, générant des formes mobiles interactives et immersives. Raquel Kogan (Brésil) crée en 2018 « Reflexao-2 », un espace virtuel interactif où les spectateurs deviennent partie intégrante de l'œuvre. Ryoji Ikeda (Japon) présente « data.tron -WUXGA version » (2011), une installation audiovisuelle explorant les données invisibles. Edmond Couchot et Michel Bret (France) proposent « Pissenlit » (1996-2017), une installation interactive où le souffle du spectateur fait tomber les pétales numériques. Miguel Chevalier (Mexique) crée en 2018 « Extra-natural », un jardin virtuel évolutif symbolisant la vie. Michael Hansmeyer (Allemagne) expose « Astana Columns » (2017), des colonnes laser créant un labyrinthe virtuel. Peter Kogler (Autriche) développe en 2018 « Untitled », un espace architectural jouant sur les illusions d'optique.
À l'ère des technologies de pointe, l'IA libère de nouvelles possibilités artistiques. Stelarc (Chypre) présente en 2016 « Arm and Head », une installation interactive explorant la déconstruction du corps. Catherine Ikam et Louis Flerne (France) créent en 2017-2018 « Face à nuage de points », une vidéo inspirée de la science-fiction. Laurent Mignonneau et Chista Sommerer (France) exposent « The Fly » (2015), une installation interrogant l'ego humain.
Deux installations corporelles complètes méritent attention. Orlan (France) présente en 2018 « Orlan & Orlanoide strip-tease artistique électronique et verbal », un dialogue entre sa propre image robotisée et une grande paroi électronique. Takashi Murakami (Japon) expose « Untitled - Murakami Archat Robot » (2016), créé en 2015 lors de l'exposition Mori Art à Tokyo. Œuvre profonde post-tragédie de Fukushima, elle montre un autoportrait en moine bouddhiste, pieds nus et portant des anneaux, murmurant des incantations pour apaiser les esprits, interrogeant la relation entre réalité unique et copie numérique.