Les prix à Paris grimpent en flèche
(Légende) Le pain est l'aliment de base des Français ; sans lui, c'est le moment de la révolution.



(Légende) Si on ne peut plus se payer le chou-fleur américain, autant manger des carottes. Dès le début des vacances d'été, le 1er juillet, le ticket de métro parisien augmente de cinq pour cent, devenant ainsi un rituel de la vie parisienne (car il monte chaque année de ce même pourcentage). Il coûte désormais 11,20 euros. Pendant les vacances, tout le monde est trop occupé par ses départs en congé pour s'inquiéter des prix. En réalité, depuis l'adoption de l'euro, tout a augmenté de manière flagrante. Lors du passage du franc à l'euro, il y avait une multitude de pièces de monnaie ; il a fallu comme « diviser le tout en zéro ». Depuis l'euro, le portefeuille des gens a perdu de sa valeur (la devise s'est renforcée), et chacun se retrouve avec beaucoup de monnaie divisionnaire. À chaque visite au supermarché ou au marché, on doit souvent sortir une pile de petites pièces pour les compter devant le comptoir. Heureusement, les Français font preuve de patience et de cette vertu qu'est la capacité à faire la queue : à chaque fois que je vais au marché, je suis témoin directe de la hausse constante des frais de subsistance.
Après l'été, les médias annoncent une forte augmentation de l'indice des prix à la consommation. Cette année, en raison du climat, la production de blé a diminué, et le prix du pétrole international a volé en flèche (passant d'environ 60 euros à 81 euros aujourd'hui). L'euro domine largement les autres devises : 1 euro vaut 1,42 dollar américain (un record historique qui affecte profondément la croissance économique et le commerce extérieur de l'UE). Par rapport au nouveau dollar taïwanais, le taux est passé de 29 à environ 46 (une situation inimaginable qui rendra encore plus difficile la vie des étudiants internationaux venus d'Asie, ou alourdira leurs frais de subsistance). Dans ce contexte économique mondial, il devient évident que, sous réserve de calculs précis, 1 euro sur le marché équivaut désormais à la valeur d'un ancien franc. Pourtant, les salaires des Français n'ont pas été ajustés selon l'indice des prix. On constate clairement que les portefeuilles se sont vidés, comme en témoignent les indices immobiliers et locatifs.
Chaque jour, en allant acheter du pain dans une boulangerie (l'aliment de base des Français), on remarque que la baguette a fortement augmenté : elle passait de 0,75 euro à près de 1 euro, voire jusqu'à 1,30 euro, selon les boulangeries (certaines vendant du pain industriel surgelé non fait maison, généralement moins cher en supermarché). Les pains qui maintiennent leur ancien prix ont naturellement rétréci. Quant au pain de mie, il est passé de 4,50 euros à 5,90 euros (les prix variant selon les boutiques, mais la hausse étant similaire). Est-on proche du moment où l'on ne pourra plus se payer de pain ?
Au supermarché ou au marché (ou marché ambulants), on voit encore mieux la hausse des prix. Les fruits et légumes importés étaient toujours moins chers que les produits locaux, mais ils ont aussi augmenté discrètement. Par exemple, une banane pèse maintenant près de 1 euro (un prix élevé sur les marchés ambulants, mais considéré comme bon marché ici). La différence avec le prix moyen de 1,40 euro est notable. Les pommes jaunes passent de 0,50 euro le kilo à plus de 1 euro aujourd'hui. Pour les légumes, le luffa français, autrefois peu coûteux, atteint désormais au moins 2,50 euros le kilo. Les poivrons verts ou rouges approchent les 4 euros, et le chou-fleur américain grimpe à près de 5 euros le kilo (plus cher que le melon amer chinois). Chaque salade verte coûte au moins 1 euro. Les prix du poisson et de la viande montent également. Généralement, le poisson est bien plus cher que la viande. À Paris, on trouve encore quelques étals de poissons sur les marchés ambulants, mais les poissonneries traditionnelles ont toutes fermé ; les Français n'aiment pas ou ne peuvent pas se permettre d'acheter du poisson. La viande s'achète surtout en supermarché (les boucheries indépendantes parisiennes ayant été remplacées par les grandes surfaces), et l'on profite des promotions. Selon un sondage récent, un quart des Français jugent les prix des fruits, légumes et poissons trop élevés, les trouvant inaccessibles. La majorité préfère les légumes congelés (pratiques et moins chers), faisant de ceux-ci le mode de vie actuel en France.
Malgré la flambée des prix agricoles, le Premier ministre François Fillon restait optimiste lors d'une interview, affirmant ne pas croire à une inflation significative dans un avenir proche ni en 2008. Les discours rassurants des hommes politiques, ou simples paroles en l'air, n'ont guère d'effet sur les citoyens confrontés à la réalité quotidienne. On se souvient des manifestations dramatiques en Italie, où les consommateurs ont refusé les pâtes suite à une hausse de prix de plus de 200 %, avant de devoir accepter la réalité. La hausse des prix n'est donc pas seulement française ; c'est une tendance mondiale manifeste. Mais dans ce système économique globalisé, qui contrôle vraiment l'indice des prix ? Qui tire le plus grand profit de ce capitalisme transnational ? Ces jours-ci, en Asie du Sud-Est, les moines birmanes ont mené le peuple à manifester contre la flambée des prix et le régime militaire dictatorial. Il est clair que les prix deviennent la source du mécontentement social (la liberté démocratique n'étant qu'une valeur ajoutée). L'anecdote sur la reine Marie-Antoinette disant « Qu'ils mangent de la brioche » nous rappelle une leçon dont on connaît l'issue… Bien sûr, le pain et la démocratie sont les éléments les plus précieux de la dignité humaine. Penser à la valeur de mourir plutôt que de vivre sans liberté est noble, mais quand on manque de nourriture de base, la mort est inévitable. Il n'y a plus rien à ajouter.