Réforme et grève
(Photographie) À Paris, toute grève des transports plonge la ville dans le chaos. Image issue de yahoo.com.tw. Les manifestations et les grèves sont monnaie courante dans les mouvements sociaux français ; elles constituent une stratégie et un canal pour la lutte des classes.

(Photographie) À Paris, toute grève des transports plonge la ville dans le chaos. Image issue de yahoo.com.tw. Les manifestations et les grèves sont monnaie courante dans les mouvements sociaux français ; elles constituent une stratégie et un canal pour la lutte des classes. Les prestations sociales et les institutions françaises peuvent être considérées comme le butin ou le résultat de cette lutte de classe. Tous les avantages sociaux acquis difficilement sont le fruit d’un combat séculaire mené par les syndicats et les travailleurs, jamais une concession faite par les employeurs ou le gouvernement. La protestation est une mesure de dernier recours ; la grève ou la grève de la faim en constitue l’apogée, tandis que la révolution représente un autre choix utopique. Là où il y a oppression, il y a résistance ; celle-ci forge la force de combat, et plus la pression est lourde, plus la résistance est forte, selon une proportion difficile à imaginer. L’art du combat réside dans l’obtention de négociations et de dialogues qui dissolvent les oppositions frontales, permettant ainsi d’arriver à un compromis mutuel, de construire de nouvelles relations et de créer une société harmonieuse.
La France a connu la semaine dernière (du 13 au 23 novembre) une grève massive sans précédent mais non nécessairement isolée. Tous les réseaux de transport nationaux et internationaux se sont arrêtés, plongeant le pays dans le chaos et perturbant gravement l’ordre social et le fonctionnement économique pendant près de dix jours, portant la nation presque à la folie. Il s’agit clairement d’une bataille entre réforme et contre-réforme, menée en particulier par certaines catégories privilégiées aux retraites spéciales (chemins de fer, métro, compagnies électriques, télécommunications, etc.) pour défendre leurs droits et leurs avantages, auxquelles se sont joints les fonctionnaires (personnel enseignant et fiscal) ainsi que les magistrats et avocats touchés par la réforme judiciaire du gouvernement. Cette participation a rendu ce mouvement social encore plus massif et puissant.
Il s’agit de la plus grande mobilisation sociale depuis 1995, époque où, face à des événements similaires, le président Chirac, sous la pression d’un million de manifestants, a fait machine arrière, entraînant la chute du Premier ministre de l’époque. Depuis lors, la réforme sociale en France est restée dans l’ombre, empêchant le pays de suivre le rythme de la mondialisation et le maintenant enfermé dans des structures obsolètes. Après son élection, le président Sarkozy a activement lancé un programme de réforme multidimensionnelle. La réforme du système de retraite spécial constitue un défi majeur, car le souvenir de l’échec précédent reste vivace. Cependant, face à la situation mondiale actuelle et aux pressions budgétaires liées aux déficits publics, la réforme est inévitable, faute de quoi elle entraverait la vitalité renouvelée de la France.
L’opinion publique comprend bien cette nécessité : plus de 60 % des sondages y sont favorables. Mais toute réforme nuit inévitablement aux intérêts et aux avantages d’une minorité, ce qui génère naturellement une résistance. Bien que la réforme soit justifiée, la grève est perçue comme légitime. Elle ne s’oppose pas au système de réforme lui-même, mais à la méthode coercitive imposée par le gouvernement, cherchant plutôt à obtenir des conditions de négociation favorables grâce à la force collective de la grève. Dans le contexte des transformations brutales de la mondialisation, la réforme sociale répond aux besoins de la société et doit toujours s’inscrire dans des canaux de dialogue et de communication. Le compromis constitue l’art suprême de la réforme démocratique. Comme l’a déclaré le porte-parone de l’Élysée : « Le Président croit fermement que la négociation est plus bénéfique pour tous que le conflit. »