Monet - Série Nymphéas
Lumière du soir, 202x630 cm, 1910, Musée de Zurich, Suisse.


Série Nymphéas - Matin (détail), 197×1200 cm, 1918-1926, Musée de l'Orangerie, Paris. À partir de 1893, Monet s'immerge dans les reflets d'eau et les nymphéas de son jardin à Giverny, cherchant à saisir la subtilité de ces fleurs silencieuses et élégantes, ainsi que leurs métamorphoses extraordinaires entre poésie et illusion optique. Par des formes subjectives et une sensibilité chromatique, il explore l'essence même de la peinture.
À partir de petites toiles comme celles de 1897-1898 et 1903, semblables aux séries de la Cathédrale de Rouen ou des Meules, il tente de maîtriser le temps et l'espace. Ainsi, cette œuvre au Musée Marmottan à Paris : une surface nocturne mystérieuse où flottent deux nymphéas blancs immaculés et deux feuilles poétiques, offrant un paysage harmonieux et paisible. Une autre toile montre un bassin calme, clair comme un miroir, reflétant saules pleureurs verts et ciel bleu ; des fleurs roses aux formes indéfinies y flottent.
Monet travaillait plus de dix heures par jour sur cette série. Il confia à Gustave Geffroy en 1908 : « Je rêve encore de peindre la nuit, je me réveille épuisé. La peinture est si difficile. » Il ajouta : « Je suis tellement absorbé par ce travail. Ce bassin et ses reflets m'enveloppent. Malgré mon âge, je ressens encore tout. Je peins encore et encore, avec toutes mes forces, espérant créer quelque chose. »
Nymphéas et Saules Pleureurs (1916-1919) : libéré de l'atmosphère nocturne, il utilise des formes subjectives et des couleurs sensibles. Les nymphéaux horizontaux sont séparés par les lignes verticales des saules, révélant un paysage naturel exceptionnel. Dans Nymphéas (1917-1919), ses œuvres tardives deviennent plus audacieuses. Après sa cataracte, il libère la forme naturelle : les traits grossiers et désordonnés évoquent une abstraction lyrique, mettant en valeur les reflets d'eau extraordinaires. La peinture devient le cœur de l'œuvre.
La célèbre Série Nymphéas (1918-1926) est exposée au Musée de l'Orangerie. Le peintre surréaliste Masson qualifia ce lieu de « chapelle Sixtine de l'art abstrait », illustrant le charme de ces huit grandes toiles (environ 2m × 12m). Pour réaliser ces œuvres monumentales, Monet fit construire un grand atelier en 1915. Ces formats inhabituels suivent la tradition chinoise de la peinture horizontale, formant des écrans cinématographiques majestueux.
Le premier salon présente : Est – Reflets colorés, Ouest – Coucher de soleil, Sud – Matin, Nord – Nuages. Le second salon : Est – Deux saules, Ouest – Reflets d'arbres, Sud – Aube, Nord – Matin. Sous la libération des formes, du symbolisme et des couleurs sensibles, immergés dans des tons bleus et verts, les paysages aquatiques deviennent presque abstraits et hors du commun. Parfois, le premier plan (saules ou herbes) suggère la profondeur ; parfois, l'espace semble infini. Sur les eaux bleu foncé ou vert émeraude, quelques fleurs contrastantes ponctuent la scène. Des traits bruts et irréguliers captent la lumière vive, construisant l'atmosphère temporelle et marquant la temporalité.
Avec la Série Nymphéas, Monet explore in fine la peinture. Celle-ci devient elle-même son propre sujet, atteignant l'apogée de son art car la peinture est le thème ultime.