J. B. Lepage (1848-1884) *Paille* (180 × 195 cm, 1877). Cette œuvre, présentée au Salon officiel de 1887, s'inscrit dans le réalisme rural naturaliste et représente deux payseurs se reposant sur une botte de paille après la moisson, l'après-midi. L'un semble plongé dans un sommeil profond, tandis que sa femme est assise par terre, les bras mous posés sur ses jambes, le regard fatigué tourné vers autre chose. Ici, Lepage maîtrise parfaitement l'atmosphère rurale, devenant le peintre le plus représentatif du réalisme naturaliste de son époque et un modèle pour le réalisme rural à venir.

Lhermitte (Leon Lhermitte 1844-1923) Le Jour de la moisson (215×272 cm, 1882). Cette œuvre du Salon des artistes français de 1882 est une peinture rurale naturaliste qui dépeint un grand propriétaire versant le salaire à ses ouvriers dans la cour d’une ferme. La vivacité des personnages, depuis les mains du propriétaire jusqu’au paysan épuisé assis au premier plan tenant une grande faucille, forme une ligne fluide. De plus, la rigueur de la structure et la maîtrise technique en font une œuvre remarquable.

Le Salon de peinture français fut créé le 9 avril 1667 grâce à Colbert, membre de l’Académie royale. Le salon artistique devint de plus en plus important au XVIIIe siècle, notamment pour les résultats créatifs des artistes, mais resta sous le contrôle strict de l’Académie. Heureusement, après la Révolution française, il devint plus libre, bien que l’art fût réprimé sous l’Empire français, particulièrement sous le néoclassicisme banal de David et le régime de la Restauration, où un art fermé et conservateur envahit le Salon, avec le néoclassicisme manipulé par Ingres s’opposant au romantisme dirigé par Delacroix. Ainsi, le Salon de peinture fut de plus en plus rejeté par les artistes anti-académiques qui se soulevèrent, réclamant la suppression des membres du jury. En 1863, de nombreux artistes refusés publièrent publiquement les résultats du jury ; Napoléon III décréta alors la création du « Salon des Refusés », validant leur existence et leur permettant de rivaliser avec l’art académique. Dans cette exposition, Manet prit la tête du mouvement, mettant fin à l’emprise académique. En 1884, Seurat et Signac fondèrent le Salon des Indépendants, sans comité de sélection ni récompenses, rendant la création artistique plus libre et ouverte. En 1903, le Salon d’Automne vit le jour, portant le nombre de salons artistiques à une quinzaine : Salon de Mai, Salon des jeunes peintres, Salon des Maîtres et Novices, Salon critique figuratif, Salon du nouveau réalisme, Salon des artistes français, etc. Le Salon permit non seulement aux artistes de montrer leurs talents, mais aussi de s’y confronter, d’échanger idées et messages, voire de conclure des transactions.