Graffiti sur les murs de Paris
Graphismes et textes puissants – Vive la bourgeoisie















On aperçoit souvent des murs couverts de graffitis dans les recoins urbains. Le graffiti mural n’est pas une invention contemporaine ; il existe depuis l’aube de l’humanité au sein de la vie sociale (se souvient-on des totems préhistoriques ? Les grottes de Lascaux, dans le sud-ouest de la France, en sont les plus célèbres exemples). Ces totems, inscriptions et représentations servent à enregistrer, transmettre, éduquer socialement et exprimer des intentions politiques, constituant une conscience collective humaine. Dans les années 80, à New York, un groupe de jeunes qui taguaient les murs a déclaré informellement : « L’art n’est pas l’affaire des musées, galeries, collectionneurs ou de la bourgeoisie ; il doit s’adresser au peuple et entrer en contact direct avec le public ». Souvent présents aux marges sociales, les graffitis deviennent l’un des signes de la sous-culture urbaine, ainsi qu’un outil et moyen de contestation politique, économique et raciale. On en trouve par exemple sur les murs de Berlin, d’Afrique du Sud, de Palestine ou d’Irlande du Nord, où les images témoignent de combats. L’image est l’outil le plus direct pour transmettre idéologies et points de vue politiques ou sociaux.
Dans les années 80, le graffiti mural devient le moyen d’expression privilégié des jeunes, émergent de New York pour devenir un nouveau produit culturel de la fin du XXe siècle. S’il portait initialement une idéologie ou un message social, il fut rapidement récupéré par le marché de l’art institutionnel, devenant marchandise puis phénomène populaire. De New York, il se propagea dans le monde entier, notamment dans les espaces publics européens, métros, trains, bus, bâtiments abandonnés et coins reculés des villes, servant de support à l’expression libre des jeunes. Le graffiti fit partie intégrante du paysage urbain ; celui du mur de Berlin, dans les années 80, fut particulièrement spectaculaire et long, tel un grand musée extérieur à ciel ouvert. Des lieux publics aux recoins urbains, ces espaces devinrent subitement des supports privilégiés pour transmettre l’idée de liberté, faisant du graffiti mural une manifestation collective sociale de la nouvelle génération.
Paris ne fait pas exception. Une grande bande de jeunes hommes suivit l’exemple de ceux de l’East Village new-yorkais, profitant de la nuit pour appliquer de la peinture en bombe aérosol dans les lieux publics, métros, trains, bus ou divers recoins, notamment sur les chantiers en cours entièrement recouverts de graffitis. À travers des formes sensibles et des couleurs vives (la représentation réaliste étant rare), ils affirmaient une image de liberté. Certains se limitaient à des motifs textuels (souvent des signatures stylisées personnelles, devenant des symboles individuels), d’autres exprimaient des émotions liées à des événements sociaux. Ces graffitis permettaient d’exposer une conscience sociale collective chez les jeunes.
Dans les années 80, le métro parisien a accueilli deux expositions murales de graffiti assez organisées (bien sûr illégales, préparées par les artistes eux-mêmes). La plus riche fut celle à la station Dupleix (ligne 6), où l’artiste new-yorkais Keith Haring fut invité à exposer. L’événement ne dura qu’une journée et une nuit. Avec les milliers de voyageurs pressés circulant dans le métro, même un simple regard furtif atteignait leur objectif d’exposition. Après les années 90, le graffiti mural sembla perdre de sa popularité. Aujourd’hui, on ne le voit que dans les coins perdus de la ville. Les jeunes pratiquants sont souvent lycéens ou étudiants en art ; leurs œuvres, plus formulaques, graphiques et décoratives, relèvent davantage de travaux scolaires, perdant tension sociale et portée iconique. À Paris, seuls quelques curieux prêtent attention aux graffitis actuels ; dans le rythme effréné de la métropole, ils passent inaperçus ou sont survolés distraitement, atteignant ainsi paradoxalement leur but de s’adresser au public et d’entrer en contact direct avec lui.