(Les images du haut et en haut à droite proviennent de segoleneroyal2007.net). « J'ai une question à vous poser », émission télévisée de débat politique. (La photo de Nicolas Sarkozy en haut à droite provient de son site web), le candidat présidentiel de l'UMP Nicolas Sarkozy ; en haut à gauche, la candidate socialiste Ségolène Royal ; (la photo de Jean-Marie Le Pen en bas à droite provient du site du FN), le candidat d'extrême droite du Front national Jean-Marie Le Pen ; (les autres images proviennent des archives télévisuelles de l'émission « J'ai une question à vous poser » sur France 2), les candidats Allette Laguiller du Parti des travailleurs et José Bové, figure anti-mondialisation.

L'émission politique « J'ai une question à vous poser » diffusée sur France 2 est le programme politique le plus particulier de cette année électorale présidentielle en France. Contrairement aux débats politiques habituels, il ne s'agit pas seulement d'une retransmission directe, mais d'un format où cent citoyens issus de toutes les couches de la société posent directement leurs questions aux candidats présidentiels. Là où les programmes traditionnels voient des journalistes politiques (professionnels) interpeller les candidats, ici les questions sont celles liées au quotidien des citoyens, moins théoriques ou structurées, plus ancrées dans la vie réelle et pertinentes. L'émission se déroule en plusieurs sessions, avec un temps de parole proportionnel aux sondages de chaque parti. Les candidats Nicolas Sarkozy (UMP) et Ségolène Royal (Parti socialiste) ont occupé toute une soirée (trois heures). François Bayrou (candidat du centre) et Jean-Marie Le Pen (Front national) ont eu chacun une heure et demie (la moitié du temps), tandis que les petits candidats n'ont disposé que de trente minutes.

Durant ce mois de février, quatre soirs de prime time, chaque lundi, ont marqué cette campagne. La première session, le 5 février, a été ouverte par Nicolas Sarkozy, dont la dynamique était la plus forte. Avec une prestation remarquable, claire et ordonnée, il a dialogué avec le public. Sur la base d'une position de capitalisme libéral à la française, ses arguments étaient fermes et clairs, défendant notamment le slogan « Travailler plus pour gagner plus », visant à briser le seuil des 35 heures et à soulager la classe moyenne fiscale, recueillant les acclamations de son camp et une adhésion populaire qui l'a propulsé en tête des sondages, loin devant sa concurrente socialiste.

Le 12 février, Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national d'extrême droite, est intervenu. Fidèle à sa rhétorique prioritaire, il a abordé les problèmes économiques et sociaux liés à la mondialisation, affirmant que la plupart des problèmes sociaux français actuels résultent d'une mauvaise gestion politique de l'immigration étrangère ou clandestine depuis des années. Bien que l'élection soit marquée par l'image médiatique soignée de sa fille, ses failles apparaissent souvent au grand jour. Néanmoins, grâce à son influence politique et sociale historique, sa présence reste incontournable.

Le 19 février, Ségolène Royal, candidate du Parti socialiste, a pris la parole sous le regard attentif de tout le pays. Une partie de l'électorat anti-socialiste suivait l'événement avec cynisme, espérant la voir échouer. Inattendue, cette candidate au style maternel a su construire sa crédibilité par une approche humaine et empathique, exposant cent propositions peu comprises auparavant. Par sa douceur et sa rigueur argumentative, elle a clarifié ses intentions et ses points de vue. Son comportement exceptionnel s'est poursuivi après le débat lorsqu'elle est descendue sur scène pour saluer le public, notamment un spectateur handicapé, manifestant une humanité et une maternité politique visibles à tous, loin des calculs politiciens. Grâce à cet échange, les sondages ont basculé : elle a obtenu 29 % au premier tour, et lors du second tour, elle a fait match nul avec le candidat de droite à 50 %, démontrant l'influence considérable de ces débats télévisés.

La dernière session, le 26 février, a vu intervenir François Bayrou, candidat du centre. Se présentant en troisième position, il profite d'une progression constante dans les sondages, passant de 9 % à 17 %. Le centre étant une minorité à l'Assemblée nationale, nombre de députés centristes ont rejoint l'UMP de droite, laissant Bayrou combattre seul (avec quelques fidèles). Sa position politique oscille entre gauche et droite (le centre ayant historiquement penché à droite). Il cherche à mettre fin à l'affrontement permanent entre gauche et droite de la Ve République, estimant que cette opposition stérile empêche la modernisation du pays. En tentant de capter les voix des deux bords, il subit des attaques impitoyables, comme le souligne le porte-parole du gouvernement de droite Jean-François Copé : « Son discours ni de gauche ni de droite mènera à une impasse ».

Les débats « J'ai une question à vous poser » de février ont connu un succès sans précédent. Ils permettent aux candidats d'accepter directement les questions du public et d'exposer face à face leurs programmes sur des sujets vitaux, ancrant ainsi la politique dans le quotidien, loin des « langages auto-référentiels » habituels. La première session a attiré huit millions de téléspectateurs, rompant avec l'indifférence politique traditionnelle des Français pour susciter une vive curiosité. La deuxième a réuni 6,4 millions de personnes autour de Jean-Marie Le Pen. La troisième, centrée sur Ségolène Royal, a dépassé les attentes avec près de neuf millions de téléspectateurs, atteignant dix millions au pic, consolidant le charme politique du PS. La dernière session a rassemblé 6,8 millions de personnes autour de François Bayrou. Qui oserait dire que les électeurs français sont indifférents à la politique ? Serait-ce une réaction à l'échec de 2002, lorsque l'extrême droite avait atteint le second tour ? Personne ne le sait.