Les avancées de l’art de la peinture abstraite
Kandinsky, Composition IX, 113x195 cm, 1936, Musée de Saint-Étienne, France.

À partir de l’étude de la capture de la lumière par l’impressionnisme, en passant par le néo-impressionnisme qui décompose la lumière selon des principes scientifiques, jusqu’aux points de vue artistiques uniques des post-impressionnistes : Cézanne, Van Gogh et Gauguin, tous ont contribué à construire le monde futur de la peinture abstraite. Bien sûr, le principe unique de planification naturelle de Cézanne, réduisant les formes naturelles aux éléments de base du langage pictural que sont le cercle, le cône et le cylindre, a directement influencé l’émergence du cubisme. L’intuition sensible de Van Gogh face aux formes naturelles, exprimant directement ses images intérieures par des couleurs subjectives typiques des Nordiques, contient une forme d’expressionnisme abstrait. La sensibilité primitive de Gauguin, avec sa simplification subjective des formes et son allocation de blocs de couleur, est devenue un langage visuel moderne novateur, poussant l’art pictural vers le monde abstrait.
Le développement du modernisme voit l’éclosion du cubisme lorsque Picasso et Braque saisissent la peinture de formes naturelles de Cézanne. Ils simplifient les images, décomposent la nature et recomposent les formes sous plusieurs points de vue. Dans « Les Demoiselles d’Avignon » (1907) de Picasso, l’espace illusionniste de l’art occidental depuis la Renaissance est dissous, marquant une nouvelle ère dans l’histoire de l’art. Ensuite, le futurisme italien, avec cette forme de mouvement mêlant vitesse et temps, reconstitue les images naturelles ; les œuvres de Boccioni ou de Duchamp n’y échappent pas. Globalement, les œuvres des cubistes et des futuristes conduisent plus ou moins au bord de l’art abstrait. À la veille de la Première Guerre mondiale, l’histoire de la peinture occidentale, comme la Révolution d’Octobre en Russie, voit divers héros se précipiter pour libérer les formes naturelles, permettant à la peinture de s’affranchir des corps naturels : « Créer une œuvre revient à créer un monde » (Note 1). L’expression spontanée et improvisée de Kandinsky développe une abstraction lyrique. Mondrian, déduisant du monde naturel de nouvelles formes verticales et parallèles, crée une abstraction géométrique rigoureuse. Delaunay, étudiant la simultanéité des couleurs et de la lumière, construit l’abstraction pure de l’orphisme. Kupka explore la peinture entre voir et entendre, inaugurant une abstraction verticale musicale. Les artistes d’avant-garde soviétiques opèrent une réforme sans précédent dans l’histoire de la peinture occidentale. Après Kandinsky, Malevitch fait naître le suprématisme radical lors de la grande révolution socialiste : un carré noir sur fond blanc, ou un noir absolu sur noir, un blanc sur blanc. Puis Rodchenko et Tatlin, constructivistes radicaux, ouvrent le domaine de la composition formelle abstraite ; Gabo et Pevsner passent de la composition absolue en peinture à l’exploration de nouveaux matériaux pour la sculpture moderne, portant les formes artistiques occidentales à des sommets inégalés. En 1917, Mondrian et Van Doesburg fondent De Stijl ; en 1921, l’architecte Gropius et d’autres créent le Bauhaus, poursuivant ces expérimentations et mettant en pratique leur utopie idéale dans l’esthétique du quotidien.
L’histoire de la peinture occidentale atteint des hauteurs inédites pendant la Première Guerre mondiale. Dans la libération des formes et des couleurs, chacun exprime ses images intérieures ; le langage visuel pictural n’est plus entravé, pouvant manifester librement l’essence intérieure par volonté propre. Le dadaïsme, qui renverse l’art durant cette période, engendre une révolution artistique semblable à la guerre elle-même, basée sur l’esprit de destruction créatrice, condamnant l’art, la politique et la société d’avant-guerre. Archipenko déclare : « L’art ne doit ni être réaliste, ni idéaliste, mais vrai. » Cela signifie que toute imitation naturelle de formes, quelle que soit sa dissimulation, reste un mensonge. Ainsi, le dadaïsme vise à offrir une nouvelle stimulation de la vérité ; il constitue un tournant où l’abstraction devient capacité et mouvement artistique international continu (Note 2). Duchamp annonce l’abandon de la peinture, pratiquant la révolution artistique avec des objets trouvés réels (roue de bicyclette posée sur une chaise en 1913, porte-bouteilles en 1914), rendant l’art sacré vulgaire. Picabia peint des figures mécaniques abstraites, Arp réalise des peintures et sculptures aux formes organiques, Schwitters assemble, colle et compose des objets, développant des environnements artistiques d’installation à partir de ces peintures-objectifs. Cette méthode d’installation positionnelle influence profondément l’art des années 1970.
Pendant la Première Guerre mondiale, le fauvisme français, mené par Matisse, ne fait pas exception à cet art hédoniste ; il libère audacieusement les formes et couleurs naturelles dans des œuvres abstraites, comme la toile « Fenêtre à Collioure » (1914). Les collages visionnaires de la fin de vie de Matisse, dans cette essence abstraite d’imagerie consciente et métaphorique, influencent directement le monde de la peinture abstraite des années 1950, ayant le même effet que les pionniers de l’art abstrait tels que Kandinsky et Mondrian. Klee, artiste unique dans l’histoire de l’art moderne, s’inscrit également dans cette abstraction issue de l’image intérieure. Il écrit : « L’art ne consiste pas à rendre visible ce qui est visible, mais à rendre visible ce qui ne l’est pas. » Il souligne la subjectivité de l’inspiration de l’artiste, décrite par les éléments picturaux – point, ligne, plan et espace –, principes de la peinture abstraite. Comme Kandinsky, ils croient en une réalité spirituelle ou mentale, compréhensible et communicable uniquement par un langage visuel, dont les facteurs constitutifs sont des symboles non figuratifs (Note 3). Les symboles dans le monde pictural de Klee sont le développement organique de ses sensations, dans une abstraction musicale et lyrique.
Succédant au dadaïsme, le surréalisme se structure sous l’influence centrale de Breton, utilisant les techniques automatiques de l’inconscient et de l’instinct psychanalytique pour créer, libérant à nouveau la conscience intérieure. Leur intention est de représenter le processus réel de la pensée, loin de tout contrôle rationnel, indépendant de tout préjugé esthétique ou moral (Note 4). La peinture future se libère ainsi de la conscience rationnelle, galopant librement dans les images de l’image intérieure ou de l’inconscient, explorant le monde de l’apparence humaine originelle ; ces orientations idéologiques ouvrent de nouveaux domaines à la peinture abstraite future. Bien qu’on ne voie pas d’abstraction formelle pure au sein du groupe surréaliste (bien que les formes organiques d’Arp soient très abstraites, et que les symboles biologiques de Miró ne soient pas entièrement et purement abstraits ; Ernst, Masson, Matta, Tanguy, etc., n’y échappent pas), ces images instinctives issues de l’automatisme utilisent généralement des objets symboliques ou métaphoriques, ou ressemblent aux images naturelles oniriques de Dalí et d’Ernst. Masson produit parfois des œuvres plus proches de l’image intérieure (comme la série de sable), et dans la série « Bleu II » de Miró, on perçoit clairement l’expression poétique, bien que ces œuvres datent d’après la tempête des années 1950 (1962), soulevant la question d’une influence possible du monde abstrait, ce qui invite au scepticisme. Après la Première Guerre mondiale, Kandinsky, Mondrian, Delaunay, Kupka, Matisse, Klee, ainsi que Picasso et Braque, continuent de développer leurs œuvres matures, produisant encore de nombreux chefs-d’œuvre. Duchamp avait déjà émigré en Amérique (1913) pour y ouvrir de nouveaux horizons.
Les courants mondiaux, la situation, la politique, l’économie et la société se restructurent après la Première Guerre mondiale, mais moins de dix ans plus tard (1929), l’effondrement financier mondial rend l’Europe continentale aussi instable que l’Amérique. Sous les chocs politiques et économiques, la société sombre dans la dépression et entre dans les années troubles des années 1930. Les artistes, motivés par la force motrice sociale, participent à la lutte essentielle. Beckmann, expressionniste allemand, écrit : « Nous devons participer à la catastrophe imminente ; nous devons ouvrir notre cœur aux appels des opprimés. En tant qu’artistes (même si nous sommes trop arrogants), nous faisons face à eux avec les objectifs du peuple et ajustons notre valeur existentielle » (Note 5). Dix, Grosz, Kokoschka, etc., témoignent de cette sensibilité historique. Avec la dépression, Hitler prend le pouvoir en Allemagne, Mussolini dirige l’Italie, Franco instaure une dictature militaire en Espagne, etc. « Guernica », chef-d’œuvre de Picasso suivant « Les Demoiselles d’Avignon », exprime la profondeur de la guerre civile espagnole ; Picasso dit : « La peinture est un outil de combat pour attaquer ou défendre l’ennemi. » Cet art révèle la conscience sociale et la morale, n’étant pas hédoniste. Durant ces processus historiques, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle ère arrive pour l’histoire de l’art. L’Europe, épuisée par la Première Guerre mondiale, subit une nouvelle dévastation ; le transfert politique et économique européen affaiblit considérablement l’art moderne, faisant de l’Amérique le cœur politique et économique occidental et le nouvel espace de l’art moderne.
L’Amérique, surtout New York, devient le refuge des artistes européens exilés pendant la Seconde Guerre mondiale, animant davantage la scène new-yorkaise. On peut le savoir par les listes des visiteurs ou participants aux funérailles de Mondrian (décédé en février 1944) : Duchamp, Ernst, Léger, Archipenko, etc., ainsi que les gardiens du surréalisme Breton et ses compagnons Masson, Dalí, etc. Dans ce contexte culturel agité, l’Amérique, épargnée par la destruction de la guerre, frappée par le choc mondial, accélère sa modernisation ; l’essor industriel, social et économique, une société florissante et pleine de vitalité démocratique moderne fournissent le terreau de l’art (et de la pensée) moderne. Les artistes réformateurs européens arrivent aux États-Unis, diffusant leurs idées et idéologies d’avant-garde, assumant le futur monde artistique par une intellectuel libéré. Les États-Unis semblent prêts à accueillir l’art futur et à inaugurer une nouvelle ère – l’essor de l’expressionnisme abstrait d’après-guerre.
(Note 1) : Référence à la carte de visite du Centre Pompidou – Carte Kandinsky. (Note 2) : Référence à Histoire de la peinture moderne, page 117, par Herbert Read, traduit par Li Changjun, publié par Dalu Shudian. (Note 3) : Idem, pages 144 et 180. (Note 4) : Idem, page 132. (Note 5) : Référence au Musée des beaux-arts de Taipei, Art Moderne n°38, Le Choc du Nouveau Monde, Chapitre 6 Aux marges de la société, page 83, par Robert Hughes, traduit par Zhang Xinlong.