Balthus (1908-2001) Alice - Printemps, 162,3 x 112 cm, 1933, Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris
Francis Bacon, Mots-clés de la portraiture : Femme, 198 x 147,5 cm, 1972, Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris. Image issue de www.CentrePompidou.com

La peinture figurative n'a jamais cessé ; dans toute l'histoire de l'art, du classique au contemporain, elle n'a pas été anéantie malgré la tempête des années d'après-guerre ou le verdict nazi d'« art dégénéré ». Ses formes évoluent avec les époques : parfois simple moyen stylistique, vecteur de sensibilité ou reportage social, elle occupe un domaine insubstituable à l'abstraction, chacun répondant à ses propres normes sociales, morales et esthétiques.

Les deux guerres mondiales ont brisé non seulement les corps mais aussi l'âme humaine. L'abstraction d'après-guerre tenta de racheter cette dignité perdue par une thérapie métaphysique. Pourtant, l'existentialisme devint la philosophie dominante, visible chez Giacometti et Bernard Buffet. Le réalisme social italien (Rossellini, « manifeste » de 1945), britannique (« Kitchensink ») et français (« peintres de la matière ») partageaient ces mêmes visées critiques.

Dans ce contexte, Balthus et Bacon se distinguèrent par leur style personnel, ancrés dans l'humanisme européen. Leur travail signifie un « retour à la tradition » : Balthus s'inspire de Courbet et Piero della Francesca ; Bacon puche chez Vélasquez et Picasso. Le réalisme social hérite de l'expressionnisme des années 1930, exprimant désespoir et absurdité, comme le notait Aragon : « La modernité est une conscience de névrose... ».

Moins optimiste que l'abstraction, cette peinture reflète la mélancolie européenne née des guerres. Nés avant 1914, Balthus (1908) et Bacon (1909) traduisent l'essence humaine à travers leurs expériences. En Italie, Renato Guttuso cherchait un « art pour le peuple », tandis que le réalisme britannique diffère radicalement du réalisme soviétique stalinien en privilégiant la subjectivité artistique. Des artistes comme Auerbach et Kossoff utilisent des couleurs violentes et des textures épaisses pour critiquer la société. Enfin, le mouvement Cobra, bien qu'intermédiaire entre abstraction et figuration, s'apparente plus à l'expressionnisme abstrait par son recours à l'inconscient, utilisant la forme comme un transfert stylistique plutôt que comme une fin en soi.