La Naissance de Vénus (vers 1483-1485), 172,5 × 278,5 cm, tempera sur bois, Galerie des Offices, Florence. « Vénus » est plutôt le symbole formel le plus élégant de la Renaissance italienne, et l’image parfaite des humanistes ; c’est l’aboutissement le plus mûr de Botticelli. Sur cette côte au ciel vaste et lumineux, dans un scénario presque théâtral, une Vénus pleine de romance et de jeunesse apparaît pure et immaculée. Selon la mythologie, née des eaux, elle se tient nue sur une demi-coquille, ses courbes parfaites envoûtantes, sa peau blanche comme l’eau, son regard brillant tourné vers nous (le monde profane) avec une pointe de perplexité et de mélancolie. Une main cache pudiquement sa poitrine, l’autre retient ses cheveux pour couvrir ses parties intimes, ce qui est fort séduisant.

Aux coins supérieurs gauche, deux Zéphyrs ailés s’enlacent en vol tourbillonnant ; leurs vêtements flottants tombent du ciel, soufflant vigoureusement pour pousser les cheveux dorés de Vénus emportée par le vent léger jusqu’à la rive. Pendant ce temps, des roses tombent du ciel, les vagues déferlent, créant une atmosphère romantique. Sur la rive, une nymphe aux fleurs printanières, vêtue d’une robe rouge ornée de bordures dorées et de fleurs, vient à sa rencontre. Cette allégorie poétique et picturale est rendue de manière très figurative. L’aspect métaphorique de l’avènement d’un nouvel âge est particulièrement fort ; avec le début d’un monde nouveau et profane, il a brisé les liens religieux imposés à la vie elle-même, libérant l’esprit pour entrer dans le paradis terrestre.

Il est évident que ces deux chefs-d’œuvre, La Naissance de Vénus et Le Printemps, sous le réalisme naturel, utilisent les lignes et les formes pour souligner le volume, le mouvement, la lumière douce, les tons harmonieux et la structure rigoureuse des objets, bien que l’espace perspectif ne soit pas leur priorité. Bien sûr, le dessin minutieux des costumes élaborés et des coiffures de ces nymphes printanières, de Flore et de Cupidon, ou encore l’image de Vénus, manifestent la sensibilité intellectuelle du néoplatonisme de l’époque et la beauté idéale de l’artiste. Comme l’écrit l’historien de l’art Caneva à propos de Botticelli : « Ce mythe allégorique, ainsi que son style et son contexte néoplatonicien sous Laurent le Magnifique, que ce soit dans Le Printemps ou dans les œuvres d’environ 1480, ont fait du réalisme naturel l’idéal de beauté des intellectuels et des artistes, dictant leur création. L’apparition de Vénus incarne cette notion et cet monde harmonieux et parfait, devenant le symbole des qualités humaines les plus nobles. » La Naissance de Vénus illustre la sagesse de ce contexte social, comme si « la véritable naissance de la beauté, combinant l’idée – l’esprit – et la nature – la matière, réalisait ce concept humain parfait et exceptionnel ».