Wade Guyton « Peinture » exposition personnelle
Peinture 200x300 cm, encre d'imprimante, 2008




Détail de la peinture, 200x300 cm, encre d'imprimante, 2008. Exposition personnelle de Wade Guyton « Peinture » : du 26 avril au 14 juin à la galerie Chantal Crousel. Né en 1972, Wade Guyton est l'un des peintres new-yorkais les plus éminents de notre époque. Dans un marché de l'art toujours dominé par la peinture, celle-ci n'est pas morte mais plus active et commerciale que jamais, envahissant le marché. Cependant, trouver une peinture satisfaisante relève de la recherche d'une aiguille dans une botte de foin. La peinture n'est pas fascinante, mais sa valeur marchande est vertigineuse, mystérieuse, aussi belle et spectaculaire qu'un billet de banque. À l'ère du triomphe du capitalisme, marquée par l'effondrement de la bourse et de l'immobilier, l'art devient un outil pour sonder les profits. Il n'est donc pas surprenant que cette peinture, entre vie et mort, soit si séductrice. Mais est-ce bien la peinture qui fascine ? N'y a-t-il pas erreur ? Les esprits clairvoyants comprennent sans dire mot : la valeur représente le marché, non la qualité ni l'innovation. Dans cet âge où l'intérêt prime, il est logique que l'art révolutionne les poches capitalistes. Dans ce jeu de dupes, plus on frappe fort, plus c'est excitant et animé, bien plus que le cache-cache.
Comment peindre, quoi peindre, pourquoi peindre ? Ces questions semblent être des soucis superflus. On peint simplement, et ce « simplement » deviendrait-il la cause de la peinture postmoderne ? Acculée par le modernisme, la peinture renaît dans le postmodernisme en rejetant tout héritage et système moderniste. Avec une attitude ambiguë face à l'esprit moderniste de « parricide », elle s'engouffre dans le marché et le système pour y semer le trouble, devenant ainsi l'indicateur et l'intention de la création actuelle.
La question de savoir comment peindre constitue le cœur de l'exploration artistique de Wade Guyton. Comment peint-il ? Faut-il vraiment peindre, et quoi ? Le doute marque le début de la quête. Surtout à l'ère d'Internet et de l'image numérique, qui peint ? Soi-même ou la machine ? Découvrir pour la première fois les œuvres de Wade Guyton (première exposition personnelle à Paris), c'est voir comme des monochromes noirs ou des lignes noires. En observant de près, on distingue des taches ou des lignes codées, divisées en deux parties égales. Dans ces monochromes ou lignes, il y a toujours une ligne blanche, évoquant la lumière et l'espace sous contraste. Une observation attentive révèle des tons riches dans l'encre noire et des traces d'impression mécanique. On comprend alors que l'artiste imprime à plusieurs reprises avec une grande imprimante Epson (les lignes proviennent de designs Photoshop). Comme les imprimantes ne peuvent imprimer que sur centimètres, des espaces blancs restent entre les deux zones. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est lorsque l'artiste estime que l'impression est ratée et recommence, ou lors d'impressions accidentelles nécessitant de traîner l'œuvre au sol, laissant des traces qui deviennent l'une des vérités du monochrome noir, enrichissant inévitablement la composition. L'abstraction de Wade Guyton, via le fonctionnement mécanique, devient un style abstrait, interprétant le comportement pictural et le langage visuel de la nouvelle génération.